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Madame Récamier de David (Magritte, 1951)

Il ne faisait pas l’un de ces ciels de Magritte tout parsemés de nuages dodus quand, vendredi dernier, j’ai repris le train vers Bruxelles pour la première fois depuis les attentats de Paris et l’alerte « imminente » de niveau 4. Disons-le tout de go : il pleuvait à seaux et je ne me suis donc pas sentie franchement dépaysée en retrouvant les pavés mouillés de la Grand Place où nos pas nous avaient conduits, ma copine C. et moi. Par contre, le détour par le nouveau piétonnier qui occupe désormais une grande partie des boulevards du centre m’a offert l’expérience quelque peu déstabilisante de pouvoir flâner le nez au vent (à l’averse) au beau milieu d’une voie publique définitivement désertée par les voitures. Quand on a assidûment fréquenté ces lieux perpétuellement bouchonnés, enfumés et bruyants, la possibilité de se balader dans ce vaste espace sans avoir à se soucier des voitures ne peut qu’engendrer qu’un sentiment d’irréalité voire de surréalisme. Tout comme, d’ailleurs, la vision du groom en uniforme faisant gentiment la causette devant l’hôtel Métropole avec deux soldats encagoulés, armés jusqu’aux dents. Que les stars et autres clients du palace se rassurent : ils n’ont probablement pas grand chose à craindre des djihadistes !

Surréalisme, ai-je écrit. Cela tombait bien, puisque le but de notre excursion n’était autre que la visite du Musée Magritte que je n’avais toujours pas découvert depuis son ouverture en… 2009. Huiles sur toile,  gouaches, dessins, sculptures, affiches, partitions musicales, lettres, photos et films : cette collection est la plus riche au monde consacrée à l’artiste, dont on peut notamment admirer, en fin de parcours, deux versions de « L’Empire des lumières » (je préfère la première). J’ai personnellement regretté de n’y trouver ni « La trahison des images » (« Ceci n’est pas une pipe »), ni « Le Fils de l’homme » ou « Les amants », par contre les impressionnants « Domaine d’Arnheim » et « Château des Pyrénées », les sublimes nus qui ont pour titres « Femmes », « Magie noire » et « Découverte » m’ont emballée au-delà de ce que j’aurais imaginé. Quant aux sculptures de bronze qui rythment la visite d’étage en étage, elles interpellent autant qu’elles amusent.

A la sortie du musée, la rencontre au sommet du Mont des Arts avec des touristes découvrant la ville perchés sur de drôles d'engins quelque peu futuristes perpétuait l'impression de décalage temporel. Quant au retour en métro, il me réservait encore la surprise des nouveaux moyens de paiement électronique : là, soudain, je me suis pleinement sentie provinciale… ce que je suis indéniablement devenue, après quelque cinquante ans passés dans la capitale.  

Bref, il était dit que la journée serait totalement placée sous le signe du surréalisme, ponctuée qu’elle fut encore de passages par des portiques de sécurité, de fouilles, de contrôles à l'entrée d'un lieu d'art et d'histoire à priori totalement inoffenssif, mais aussi d’un arrêt apprécié à la très moderne brasserie du musée ne servant que des spécialités belges dans l’écrin Art Nouveau de l’ancien hôtel Altenloh. Merci, chère C. !

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