Le comble : je ne suis jamais montée tout en haut de la butte alors que ma meilleure amie d'enfance habitait Waterloo, que moi-même j'habitais encore récemment à une vingtaine de kilomètres et que suis bien souvent passée à son pied. Et ce n'est pas demain la veille que je grimperai les 226 marches car, à propos de pied, j'en ai un, pour l'instant, qui me pose de petits (gros ?) problèmes. 

Ceci dit, si j'admire l'engagement des reconstitueurs, j'ai un mal certain à les comprendre. Jouer aux petits soldats : voilà bien un rêve de gamins formatés par une société machiste où la grandeur se conquiert à coups d'épée ou de fusils, de canons ou de bombes (atomiques) ? Car, enfin, de l'Antiquité à aujourd'hui, les batailles et les guerres, ce sont quand même avant tout d'horribles boucheries, même si le fait de se battre pour la liberté en auréole certaines d'un parfum d'héroïsme ! On peut donc se demander si nos gamins (et leurs pères) ne trouvent avant tout dans ce passe-temps une occasion de jouer à la poupée. Poupées garçons en costumes rutilants et bonnets à plumes ? Jamais ils ne l'avoueront. Un passe-temps pourtant pas aussi anodin qu'il y a paraît.  Même si on meurt "pour du rire" sur les champs de bataille napoléoniens d'aujourd'hui, l'exercice n'est en effet pas nécessairement sans risque. Francky Simon, le metteur en scène de la reconstitution d'hier, qui jouait aussi le rôle du maréchal Ney, l'a appris à ses dépends : avant même le début du spectacle, une chute de cheval lui a occasionné plusieurs fractures, dont une double de la clavicule. Une vérité pas du tout historique pour le coup.

Par ailleurs, pour avoir entendu l'autre jour, lors d'une émission de radio, l'historien anglais Stephen Clarcke évoquer avec un humour typiquement british son récent ouvrage "Comment les Français ont gagné Waterloo" (Albin Michel), j'ai bien envie de m'y plonger. Au-delà de l'ironie du titre, il explique la formidable entreprise publicitaire menée par Napoléon lui-même pour forger son image et l'imposer au monde, si bien qu'aujourd'hui, bien que vaincu, il reste le véritable héros de Waterloo, au détriment du duc de Wellington et du maréchal Blücher, ses vainqueurs. Le romantisme des auteurs français de l'époque, à commencer par Victor Hugo, aurait fait le reste.

Voilà ! Je vous laisse tranquille avec Waterloo. Il est temps de passer à autre chose. 

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