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Je viens de terminer « Brunetti et le mauvais augure »  et, comme à chaque fois que je referme un bouquin de de Donna Leone, je me dis que je préfère de loin la série télé inspirée de ses romans.

Je sais : je vais faire bondir les puristes. Ceux pour qui une série se déroulant à Venise ne peut être tournée que par des Italiens, seuls à même de restituer la mentalité italienne et l’atmosphère si particulière de la Sérénissime. Alors, c’est vrai, notre commissaire est campé – magistralement, à mon avis - par Uwe Kockisch, un acteur originaire d’Allemagne de l’Est. Effectivement, la production et tous ses partenaires sont également allemands. Mais, qu’il s’agisse de son aristocratique épouse ou de ses enfants adolescents, de son ami Vianello, du couard vice-questeur Patta ou de l’hiératique secrétaire Elettra, tous lui donnent la réplique avec une justesse de ton qui ne trahit ni la vraisemblance ni les romans. On me rétorquera que je ne suis pas particulièrement bien placée pour juger de cette justesse de ton puisque je suis les épisodes en français. À quoi, je répondrai que l’écrivaine elle-même est américaine, vit à Venise mais écrit en anglais. Et que les Italiens ne connaissent pas Guido Brunetti, dont, à sa demande, les enquêtes n’ont jamais été traduites en italien.

Bref, la série allemande diffusée par FR3 découle d’un invraisemblable melting pot d’inspiration, d’écriture et de langues qui aurait pu donner un produit passe-partout, totalement insipide. Or, il n’en est rien. C’est même juste l’inverse, la beauté époustouflante de Venise nimbant chaque épisode d’un charme que l’écriture seule ne parvient pas à transmettre.

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Donc, à Donna Leon le mérite d’avoir créé un personnage dont le moindre des particularismes n’est pas d’être un homme marié, avec une vie de famille tout ce qu’il y a de banal. Sauf qu’elle se déroule dans le cadre prestigieux d’une ville italienne à nulle autre pareille. À elle aussi, de l’avoir entouré de personnages aux caractères affirmés, qui lui permettent de développer une réflexion sur l’évolution de l'Italie de Berlusconi en général, de la bonne société vénitienne en particulier. Il n’est pas anodin que sa femme appartienne à l’aristocratie et soit professeur d’université, ni que les meurtres que notre commissaire ait à résoudre le conduisent au cœur des palais les plus somptueux comme des arrière-cours les plus sordides. La peinture est souvent acerbe et non dénuée d’arrière-pensées aimablement de gauche, voire franchement écolo, qui empêchent les romans comme celle les films de tomber dans le banal polar. Alors OK, dans la série télévisée, la critique se dilue quelque peu dans l'eau des canaux. Mais, que peuvent les descriptions face à l’image, les figures de style face aux prises de vue d’une ville à nulle autre pareille ? Sans doute, direz-vous, suis-je meilleur public que lectrice ? Possible. Mais même s'il est clair que nombre de scènes intérieures ont sans doute été tournée en studio, je reste sous le charme comme une banale touriste. C'est mon côté fleur bleue. 

Donc, voilà, je ferme le livre avec une fois de plus un sentiment de trop peu. Il me semble qu’il y a bien longtemps que Brunetti n’est pas venu faire un tour sur FR 3. Et il me manque.

Commissaire Brunetti : enquêtes à Venise