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J’ai trouvé ce questionnaire sur Internet. D’habitude, je n’apprécie pas trop ce genre d’exercice qui prétend dévoiler votre personnalité en parlant d’autre chose. Sauf que là, il s’agit de bouquins. Du coup…

Un premier souvenir de lecture ?

« Le poussin inattendu » : mon premier album illustré et ma première leçon d’éducation sexuelle. J’avais 3 ou 4 ans et sur la couverture de cet album sans doute apporté par « les cloches », un lapin tout mignon s’extasiait à la vue d’un poussin sortant d’un œuf. Je m’étais aussitôt écriée « Oh, Maman, regarde le lapin, il a pondu un œuf ! ». Pas question, bien sûr, de laisser des idées aussi fausses faire leur nid dans ma jeune cervelle ! Il avait fallu expliquer les oiseaux, les mammifères… et les bébés. Ce petit cours de zoologie a dû me frapper puisque je semble en avoir tiré les leçons. Peut-être la qualité des illustrations n'était-elle pas étrangère à ma fascination ? Quoi qu'il en soit, leur auteur, Marcel Marlier, n’illustrerait pas seulement ce lapin cocasse et les aventures de la célèbre Martine mais aussi les… miennes. En tout cas celles de mon chat David, contées par Maman dans « Le chat d’ici et le chat d’ailleurs ». 

Le chef-d’œuvre méconnu que vous portez aux nues ?

« Le Prince qui m’aimait » de Michel Davet, de son vrai nom Hélène Marty. Ce premier roman (1930), qui célèbre les émois adolescents dans une langue belle et savoureuse aux accents de Provence, m’a bouleversée, enfant, pour la pureté sauvage de ce premier et impossible amour. Je l’ai racheté dans son édition originale, relu, aimé profondément à nouveau pour son écriture si ronde, si chaude, si prometteuse, plus que pour l’histoire dont je savais le terrifiant dénouement. Il est rare d’être touchée par un même livre à cinquante ans d’intervalle ! Pourquoi Michel Davet, également auteure de « Douce » - dont fut tiré le film d’Autant-Lara (1943) - n’est-elle pas connue davantage ?  

Le chef-d’œuvre officiel qui vous tombe des mains ?

« Les bienveillantes » de Jonathan Littel, prix Goncourt 2006, qui lui valurent notamment d’obtenir enfin la nationalité française qu’il s’était vue refusée à deux reprises. Ce n’est même pas que ces mémoires fictives d’un officier SS m’aient écœurée : elles m’ont profondément ennuyée (restons polie !), si bien que je ne suis jamais arrivée aux passages les plus révoltants. Dieu sait pourtant si je suis convaincue de la nécessité du devoir de mémoire !

L’auteur avec qui vous aimeriez passer une soirée ?

Fred Vargas, auteure trop peu prolixe de polars ayant pour héros, tantôt ce rêveur invétéré de commissaire Adamsberg, tantôt un trio d’improbables historiens surnommés « les évangélistes », tous spécialisés dans une période historique : la préhistoire, le moyen-âge ou la guerre de 14. Même si je regrette que l’inspiration de cette archézoologue se fasse de plus en plus noire, voire morbide, j’adore l’humour avec lequel elle campe ses personnages. J’adore aussi Jean-Luc Anglade qui a merveilleusement donné vie à Adamsberg dans des téléfilms de Josée Dayan, même s’ils sont eux aussi très très (trop) noirs… visuellement, cette fois.

Le livre dont vous auriez aimé être le héros ?

Les trois mousquetaires, Le Bossu, Le Capitaine Fracasse, Michel Strogoff... Tous les héros qui chevauchent à travers la campagne ou la steppe et affrontent mille danger pour sauver leur reine, le tsar ou une jeune fille en grand danger (de quoi ?). Il me semble que la littérature propose peu de femmes battantes donnant envie de s’identifier à elles. Quand aux grandes amoureuses, elles finissent souvent très malheureuses. Même si Flaubert, Stendhal et Colette ont finement exploré la psychologie féminine, même si on peut aimer (et admirer) Emma Bovary, la Sanseverina ou Claudine, nulle envie de leur ressembler ! Pas plus qu’aux femmes sublimes que propose le théâtre, Antigone, Phèdre ou Iphigénie ! Donc va pour d’Artagnan, Lagardère et consorts.

Celui qui vous réconcilie avec l’existence ?

« Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de papates » de Mary Ann Shaffer, parce que, malgré un contexte profondément dramatique et quelques péripéties qui ne le sont pas moins, tous ces habitants de l’île de Guernesey au temps de l’Occupation sont profondément humains (et souvent pleins d’humour !) 

Celui que vous offrez le plus ?

« Le passeur », de Lois Lowrie. Un roman pour adolescents campant une sorte de « meilleur des mondes », où le bonheur obligatoire réduit subrepticement la liberté individuelle comme peau de chagrin. Jusqu’à ce Jonas, choisi pour devenir le dépositaire de la mémoire de sa communauté, découvre le mensonge généralisé qui en sous-tend l’organisation. Bouleversant, même pour les « grands » !

Un livre récent que vous avez envie de lire ?

« Les perroquets de la place d’Arezzo », parce que Eric Emmanuel Schmidt y conte l’histoire des amours d’un quartier bruxellois.

Celui que vous aimeriez lire dans sa langue ?

« 1Q84 », parce que le charme de ce récit étrange et attachant d’Haruki Murakami n’émane pas seulement de l’histoire des deux protagonistes mais aussi, me semble-t-il d’un dépouillement de l’écriture profondément japonais.

Celui que vous voudriez avoir lu avant de mourir ?

« Orgueil et préjugés » et tous les romans de Jane Austen qui séduisent bien des lecteurs (lectrices ?) par l’élégance de leur écriture et la finesse de leurs personnages de femmes dans la société étriquée du début du XIXeme siècle. Et comme j’ai aimé les films qui s’en inspirent…