Ordinairement, je ne me laisse pas séduire par un livre parce qu’il a obtenu un quelconque prix. Cette fois, pourtant, parce que je venais de me farcir à la queue leu leu trois best sellers plus consternants les uns que les autres, parce que, surtout, j’avais lu les éloges de critiques littéraires que j’apprécie, je me suis fait offrir pour Noël le Goncourt 2013 : « Au revoir, là-haut » de Pierre Lemaître. Je viens de le commencer et déjà je suis sous le charme, si j’ose dire à propos d’une histoire de survivants de la Grande Guerre.

Je ne vais pas ajouter mes louanges à celles que l’ouvrage a déjà récoltées, d’autant plus que je ne suis jamais qu’aux alentours de la page 100 d’un volume qui en compte près de six fois plus. Disons juste que l’auteur campe d’emblée des personnages profondément attachants d’une plume à la fois réaliste, vive et cocasse, ce qui représente un fameux tour de force pour un sujet a priori tragique. Or, le plaisir que je goûte à ce récit témoigne que, de l’horreur, émerge parfois la beauté, voire des chefs-d’œuvre capables de nous interpeller autant que de nous émouvoir.

Cette même guerre a d'ailleurs inspiré une autre œuvre qui avait déjà bouleversé l’adolescente que j’étais lorsque je l'ai découverte : « Le voyageur sans bagage » de Jean Anouilh. Si je n’ai jamais vu cette pièce de théâtre sur scène (pourquoi monte-t-on si rarement Anouilh et seulement son « Antigone » ?), j’ai lu à plusieurs reprises avec passion cette histoire d’un soldat amnésique qu’une riche famille reconnaît comme son fils mais qui, lui, ne se reconnaît pas dans le garçon violent et sans scrupule décrit par ses supposés proches. La peinture de ce milieu voué à l’argent et à l’apparence est d’une cruauté terrifiante et sans doute d’une grande justesse. Mais, surtout, il pose une question fondamentale : est-il possible de renier ses origines, de balayer d'un revers du coeur des influences imposées, de se vouloir autre, différent, meilleur ? Et finalement, du mal, le bien peut-il surgir ?    

Sur un thème proche, moins philosophique et plus policier, « Un long dimanche de fiançailles » de Sébastien Japrisot conte la quête effrénée d’une jeune infirme, convaincue que son amoureux n’est pas mort à la guerre. C’est bien documenté, haletant et, là encore, bouleversant d’humanité. Le film qu’en a tiré Jean-Pierre Jeunet avec Audrey Tautou ne rend pas justice à la plume de Japrisot, tout comme le téléfilm de Pierre Boutron inspiré du « Voyageur sans bagage » n’atteint jamais dans ses questionnements l’intensité de l’œuvre originale, malgré le jeu comme toujours sensible de Jacques Gamblin.

Alors, à vos livres !

Un Long dimanche de fiançailles - Bande annonce FR