Elle s’appelle Elisabeth. Joli nom ! Classique, un peu désuet, mais super classe ! (D’ailleurs, c’est mon deuxième prénom !). Je la découvre lors de ma virée aux Archives de l’Etat à Liège un jour polaire du dernier printemps. A proprement parler, « découvre » n’est pas le mot car, bien sûr, je subodorais un peu beaucoup son existence. Disons, plus précisément, que j’apprends son nom dans l’acte de naissance de mon arrière-grand-père Alphonse Théodore Joseph. Son nom complet ? Elisabeth Uzanauz. L’étrange consonance que voilà ! Lors de son mariage avec mon arrière-arrière-grand-père Jean Simon, dont elle est la première des trois épouses, la voici dénommée Usaneaux. Une orthographe à l’évidence plus conforme aux sonorités françaises. Son père Jacques, lui, s’appelait Usane à sa naissance, Usanas lors de son mariage, Uzanauz à son décès… Bizarre autant qu’étrange ! D’autant plus qu’à part Elisabeth et Jacques, pas moyen de mettre la main sur le moindre autre Uzanaux-Usanneaux-Usanas-Usane dans la région liégeoise à l’époque. Ni après d’ailleurs. Ni avant. Génération spontanée ou origine étrangère ? Je n’ai pas fini de débrouiller le mystère.

Les noms, comme la langue, ne sont pas figés dans le temps. Les registres paroissiaux, ceux de l’état-civil, en témoignent. En remontant les générations, le généalogiste croise les mille et une formes adoptées par les noms de ses ancêtres au fil du temps. Et plus on remonte, plus les surprises sont au rendez-vous.

Une autre aïeule porte un nom bien de chez nous : Evrard. Sauf que son père s’appelle Henvrard, son grand-père Henvar, son arrière-grand-père Henrard. Qui faut-il croire ? Quant à Jeanne, l’épouse de Paul, elle est nommée tour à tour Greffier, Groffier, Grossier et même Grossière (charmant !), au fil des naissances de ses enfants, notées dans le même registre, manifestement de la même main. Le moins qu’on puisse dire est que ce curé n’avait pas de mémoire, de suite dans les idées ou d’oreille. A sa décharge, signalons que cette Jeanne-là était illettrée, donc bien incapable d’épeler son nom, qu’elle parlait sans doute le wallon de Liège avec un accent qui n’était peut-être pas celui dudit curé, lequel était peut-être âgé et un peu dur d’oreille…

Pour la plupart, plus on remonte, plus ces noms à géométrie variable se rapprochent du vocable d’origine, quand ils n’étaient encore qu’un qualificatif permettant de distinguer un Jean de l’autre et un Jacques de son voisin. Ainsi, les traditionnels du Pont, du Bois, du Château, du Jardin, du Mont, du Sart (zone défrichée), la Tour, le Grand, le Noir, le Roux, Petit, le Boulanger, le Crémier, Cavalier, l’Allemand, d’Allemagne, Sacré et autres Maître Jean !

Pour l’heure, je me débats donc avec les Englebert, Englibert, Engelbert, Engelberte, Engelberti, Engelbrechts, Engelborghs et compagnie, dérivés du prénom d’origine germanique Engelbert, composé de « engil » qui signifie lance, épée, et de « berht » qui signifie célèbre. De là à penser que nous descendons d’un illustre porteur d’épée, il n’y a qu’un pas… que je ne franchis pas.

 

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