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Les fonts baptismaux où furent baptisés tant de membres de ma famille (c) Jean-Pol Grandmont

J’ai écrit ici même que tous mes ancêtres s’appellent Jean ou Joseph, ce qui a le don de compliquer singulièrement les recherches généalogiques quand les parents n’ont pas pensé à donner un second prénom à leur fils. Que voulez-vous tirer d’un acte signalant le baptême de Jean fils de Jean « habitant dessous la tour » quand vous recensez pas moins de six Jean sur deux générations et qu’il n’est fait mention ni du nom de la mère ni du métier du père ?

Depuis, les choses se sont corsées. En remontant tant bien que mal le fil de l’histoire familiale, j’ai dépassé l’ère des Jean pour entrer de plain-pied dans celle des Gaspar où je me trouve actuellement bloquée. Malgré ma plongée en apnée au sein des registres liégeois, pas moyen, en effet, de dénicher l’acte de baptême qui me fournirait les noms et prénoms des parents du premier Gaspar. Sans doute venaient-ils d’une ville ou d’une commune voisine. Oui, mais laquelle ? Et d’ailleurs, je suis loin d’avoir épuisé toutes les possibilités de le découvrir. Donc, je m’accroche et m’accrochant, je découvre d’autres branches familiales. Des branches où les garçons ne se nomment prioritairement ni Jean ni Gaspar mais… Eustache.

Joli nom ! Original en tout cas ! Peut-être un peu difficile à porter de nos jours, mais tout à fait dans le vent d’une époque qui s’étend de 1650 à 1725. Donc, Eustache, fils d’Eustache a un fils et un cousin nommés Eustache. Je trouve encore un Eustache non rattaché aux autres (le père de Gaspar ?). Et tous ces Eustache ont pour fils au moins un Gisbert, parfois deux quand l’aîné décède en bas âge. Ils en ont aussi souvent un second nommé Léonard ou… Jean. La tête me tourne parfois face à tant d’Eustache qui ne sont pas de ma lignée mais manifestement parents quand même, car leurs parrains sont Gaspar ou Léonard, son fils, ou Joseph, le père de Gaspar troisième du nom.

Donc, tous mes cousins s’appellent Eustache. Comment ai-je pu vivre plus de soixante ans en l’ignorant ?

J’ai l’air de plaisanter comme ça mais, pas du tout ! En réalité, si je trouve certaines découvertes cocasses, d’autres me paraissent au contraire très émouvantes. C’est ainsi que, grâce à Google, j’ai appris hier seulement que l’église Notre-Dame-aux-Fonts, où la plupart des Jean, Eustache et Gaspar Englebert ont été baptisés, était la minuscule église jouxtant l’impressionnante cathédrale Saint-Lambert à laquelle elle servait de baptistère. D’où sont nom ! Mieux : les fonts baptismaux en question, sur lesquels tant de nouveaux-nés de ma famille se sont époumonés, auraient été commandés à la fin du Xe siècle par Notger, premier Prince-Evêque de Liège, ils sont attribués à l’orfèvre hutois Renier de Huy et considérés comme l’une des « sept merveilles de Belgique ». Ils n’ont échappé que de peu à la fonte lors de la destruction de la cathédrale par les révolutionnaires liégeois à partir de 1794 et on peut les admirer aujourd’hui dans la collégiale Saint-Barthélémy.

Pour être honnête, je dois dire que, vu l’anticléricalisme affirmé de mon grand-père et de ses frères, hérité de leur père Alphonse Théodore et de leur grand-père Jean Simon, je ne serais guère étonnée d’apprendre que l’un de nos ancêtres, en l’occurrence Joseph, père de Jean Simon, a participé à cet acte de vandalisme révolutionnaire qui entendait éradiquer la religion du cœur de la cité qu’elle avait si longtemps dominée. En 1794, Joseph avait 25 ans, l'âge des grands embrasements politiques ! 

Il est clair que cette démolition a définitivement bouleversé la physionomie du centre de Liège, puisque l’espace où s’élevait la cathédrale est devenue l’immense Place Saint-Lambert si longtemps en chantier au cours du vingtième siècle. Aujourd’hui, grâce aux gravures, photographies et cartes postales anciennes, je peux donc visualiser les variations du paysage urbain au fil des générations. Le Liège de Joseph n’est pas celui de Jean Simon, ni d’Alphonse, ni de Victor, Jean et Rodolphe, encore moins celui que je découvre aujourd’hui. Et si je veux me faire une très petite idée de la cathédrale disparue, c’est à l’Archéoforum sous la place qu’il me faudra me rendre. Mais je peux aussi visionner sa reconstitution virtuelle sur le Net, laquelle donne une image un peu froide de l’ensemble et ne permet aucunement de se rendre compte de la qualité des décors peints et sculptés, des autels et de leurs retables, comme le fait remarquer un internaute spécialiste du patrimoine architectural.

Bon, je n’en ai pas encore fini avec ma découverte de Liège, semble-t-il.

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La cathédrale et le centre de Liège, en 1770, au temps de Gaspar, deuxième du nom

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Joseph a-t-il participé à la destruction de la cathédrale ? (à l'arrière, le clocher de la petite église Notre-Dame-des-Fonts, encore intacte à ce moment

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Un paysage désolé qui fut sans doute familier à Jean Simon enfant

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Mon grand-père Victor a dix ans

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Victor et 20 ans et quitte une première fois Liège pour le Nord de la France où il va rencontrer ma grand-mère

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 1910 : A cette époque-ci, mes grands-parents qui étaient revenus à Liège en 1905 au moment de l'Exposition Universelle, quittent définitivement la Cité ardente avec leurs trois premiers enfants : Elisa... Jean et Joseph.