Aujourd'hui, presque simultanément, se déroulaient à Liège et à Bruxelles deux cérémonies d'hommage à des personnes récemment assassinées.

A Bruxelles, une marche blanche a accompagné les funérailles de la petite Mawda, deux ans, tuée il y a une dizaine de jours par un policier qui tentait d'arrêter la camionnette du passeur dans lequel elle se trouvait avec ses parents, son frère et une dizaine d'autres migrants en situation irrégulière. A Liège, les pensées d'une foule impressionnante allaient à un étudiant et deux mamans, tués hier dans un attentat terroriste perpétré par un délinquant lambda radicalisé en prison. L'ironie du sort veut que ces deux mamans  étaient policières elles aussi et tuées pour cela précisément. 

Pas facile d'être policier.ère aujourd'hui ! Tantôt bras armé d'un gouvernement qui traque les illégaux en quête d'une vie meilleure, tantôt victimes de leur statut, les membres des forces de l'ordre peinent pour l'heure à définir leur rôle, tiraillés qu'ils sont entre leurs responsabilités professionnelles et leur sentiments d'êtres humains. Je pense que, plus que d'autres encore, ils doivent comme moi se dire : "Ce monde est fou". Car comment qualifier autrement un monde qui tue des enfants, des mamans et des jeunes gens juste parce qu'ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment ?

Cyril allait être instituteur, il apportait son travail de fin d'études à sa haute école, à deux pas d'une autre école, primaire et secondaire celle-là, où une femme de ménage a été prise en otage par le terroriste qui ne semble l'avoir épargnée que parce qu'elle est musulmane et lui assura respecter le ramadan. S'il n'avait été abattu par les forces spéciales d'intervention, ce terroriste s'en serait-il pris aux écoliers ? Les enfants sont l'avenir d'une société, la police est chargée de protéger la population, l'instituteur de former des citoyens responsables. Attenter à leurs vies, c'est tenter d'ébranler le fondement même de la démocratie et de notre humanité.

Ce monde est fou.

Dans le même temps ou presque, à Paris, un jeune Malien en séjour illégal a escaladé au péril de sa propre vie les cinq étages d'un immeuble pour sauver un enfant suspendu au balcon.

Ce monde est fou. Mais il peut parfois être beau. 

(Pardon si ce texte peut sembler décousu. Par son chaos même, il reflète fidèlement les sentiments suscités par les événements de ces dernières semaines).