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Ordinairement, je ne m’intéresse qu’à ma généalogie ascendante, autrement dit je remonte dans le temps pour retrouver mes ancêtres en ligne directe. C’est déjà en soi un travail de Bénédictine, sans que j’aille en plus m’aventurer sur les pas de tous les descendants d’un couple d’aïeux (généalogie descendante). D’ailleurs, pourquoi choisir celui-ci plutôt que celui-là ? À moins de vouloir organiser une cousinade de tous les porteurs actuels de son propre patronyme ? Une ambition qui n’est pas mienne.

Malgré tout, je recueille scrupuleusement les infos relatives aux frères et sœurs de mes ancêtres directs, car leurs dates et lieux de naissance, de mariage, de décès, fournissent une foule d’informations sur la famille, son niveau d’instruction, la transmission des savoirs professionnels, les éventuels déménagements, etc. Souvent, d’ailleurs, le jeu des parrainages des enfants entre les membres d’une fratrie permettent de déterminer avec certitude que l’on suit bien la branche recherchée, ce qui n’apparaît pas toujours avec évidence quand tous les garçons premiers nés s’appellent Eustache ou Gaspar comme leur grand-père et les filles Marie, Gertrude ou Elisabeth, comme leur grand-mère. Le risque est grand alors de bifurquer sur une branche cousine dont la moitié au moins ne serait pas authentique.

Bref, je remonte et si parfois je divague, si souvent j’erre, ma boussole me mène irrésistiblement vers le sommet, ce seizième siècle qui semble  inaccessible à beaucoup mais qu’il est souvent possible d’approcher au plus près à force de ténacité.

Une base de 350 noms

J’ai cependant fait une exception pour ma branche (de) HODEIGE. Voici deux ans, je suis en effet tombée sur un registre paroissial dans lequel un curé méticuleux de la fin du XVIIe siècle avait pris soin de recueillir entre 1600 et 1680 tous les baptêmes des « Principales familles de Liège ». Or, dans ce recueil, aux côtés de familles prestigieuses comme les MÉAN et les LIVERLO qui donnèrent plusieurs conseillers aux Princes Evêques de Liège, comme les CURTIUS, ces commerçants prospères dont la prestigieuse demeure est désormais un musée passionnant consacré à l’histoire liégeoise, comme les WOOT, l’une des grandes familles nobles de Belgique, figurent les HODEIGE.

J’ai donc recueilli en vrac quantité de noms, de lieux et de dates sur quantité d’hommes et de femmes nommés HODEIGE. Je n’ai pas tardé à y repérer mon ancêtre Léonard né en 1609 d’Amel et Martine, père d’Anne (née en 1659), qui épousait Eustache ENGLEBERT en 1680. Mais quelles liens tous ces HODEIGE avaient-ils les uns avec les autres ? Comme le relevé s’étend sur quatre-vingt ans, plusieurs générations sont concernées et beaucoup étaient sûrement les descendants d’autres. Qui était fils ou fille, frère ou sœur de qui ? Et qui oncle ou tante, cousin ou cousine, sinon parent plus lointain ? Restait à établir ces liens et pour cela à relever minutieusement dans un tableur les noms, titres éventuels, dates et paroisses de baptêmes. Au total, ce sont quelque  350 HODEIGE que j’ai ainsi répertoriés, avant de rechercher leurs actes de naissance qui, avec les noms de leurs parrains et marraines ainsi que de leurs paroisses, me permettraient de réunir les fratries.

Très vite, il apparut que certaines épouses tantôt simplement prénommées apparaissaient à d’autres endroits munies de leur nom de famille. Je pus ainsi rassembler quelques couples, quelques fratries. Ainsi, ceux de Gilles le jeune (né vers 1565) et Elisabeth POTESTA. D’autres HODEIGE, devenus veufs, s’étaient remariés et redémarraient une seconde descendance. Je pense notamment à Pierre, dont les enfants, nés de Anne puis de Marie, s’étagent de 1619 à 1640. Au jeu des parrainages, je peux aussi déduire que Messire Henri (né vers 1570), échevin de la Souveraine Justice de Liège de 1606 à 1617, est le frère de Gilles le jeune (né vers 1565) et de Renier (né vers 1560).

Ainsi, le nombre initial de familles s’est-il légèrement réduit. Mais il reste quantité de HODEIGE que je ne suis parvenue à relier à aucun autre.

Quartiers de noblesse

Ce travail de Titan n’est pas terminé, mais il est clair désormais qu’aux côtés d’une branche possédant blason et quartiers de noblesse, prospère, cultivée et proche du pouvoir, une autre, plus modeste, s’est longtemps perpétuée sur la paroisse de Saint-Pholien, en Outremeuse, où ses membres exerçaient le métier de tanneur. Selon « Le bon métier de tanneur de l’ancienne cité de Liège » (1963), plusieurs HODEIGE, dès l’an 1418, jouèrent d’ailleurs un rôle important au sein de la Corporation. C’est de celle-ci que je suis issue.

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L’histoire aurait pu s’arrêter là, si je n’étais tombée sur d’autres mentions de la famille. En 1978, évoquant Léonard de HODEIGE qui fut bourgmestre de Liège en 1780 avec Thomas-Mathias LOUVREX, Yves Moreau, licencié en histoire moderne et contemporaine, écrivait dans « Les bourgmestres de Liège au XVIIIe siècle » : « La famille Hodeige était issue de la Tanneurue, dans la paroisse de Saint-Pholien, mais ses membres demeurèrent de modestes tanneurs ».

De son côté, la « Continuation du recueil héraldique des seigneurs bourgmestres de la noble cité de Liège » (1783) précise : « Noble et généreux Seigneur Léonard de Hodeige, avocat, bourgmestre de Liège en 1780, descend de cette noble famille de Hodeige qui, en 1567 et 1574 nous donna un bourgmestre nommé Jacques de Hodeige del Chaine, voué de Bolvemont. Notre Bourgmestre eut pour père Pierre-François de Hodeige, JC et avocat et pour mère Dieudonnée Waoury… Pierre François était fils de Léonard de Hodeige et de Marguerite Molinay… ».

C’est le prénom de Léonard qui m’a interpellée. Dans la liste des 350 HODEIGE, il n’apparaît que dans ma branche d’ancêtres, nulle part ailleurs. Se pouvait-il que mes modestes tanneurs aient engendré un avocat et un bourgmestre comme le notait Yves Moreau ? C’est là que j’ai entrepris la « descente » vers des temps plus récents et que, Bingo !, j’ai pu établir que le Léonard HODEIGE, époux de Marguerite Molinay et grand-père du bourgmestre du même nom, était fils d’Emile (né en 1646), le frère de mon ancêtre Anne (née en 1659), épouse d’Eustache ENGLEBERT. Ainsi, dans la multitude de ceux qui m’ont précédée se trouva-t-il quelques hommes dont la vie ne se limita pas à survivre au prix d’un lourd labeur mais qui surent prendre des responsabilités dans la vie publique et y trouver sans doute un vif intérêt.

Je n’ai pas poursuivi pour l’heure la recherche des descendants du bourgmestre Léonard. D’autres branches plus directes continuent à titiller ma curiosité. Je ne suis pas non plus parvenue à établir que, comme le prétend la « Continuation du recueil héraldique », les tanneurs étaient reliés à la branche noble qui engendra tant de conseillers, commissaires, chanoines, avocats…  Mais qui sait, un jour peut-être reprendrai-je la quête ?