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Maman est née à 50 mètres à peine et, dans mon enfance, ma grand-mère habitait non loin. Je l’ai donc toujours connue, toujours trouvée fascinante comme le sont les châteaux médiévaux quand on a l’âge de se prendre pour une princesse, un chevalier ou un roi. En même temps, elle m’a toujours semblée parfaitement incongrue, plantée là au milieu de la ville entre deux voies de circulation fréquentées chaque jour par des milliers de véhicules, vestige anachronique d’une enceinte depuis longtemps disparue.

Si jeune étais-je, il me semblait qu’on aurait dû préserver un bout de muraille de part et d’autre, pour qu’il fut bien clair qu’il s’agissait d’une porte et non d’un castelet, d’un endroit de passage entre la ville et la campagne, qu’il fut un temps, avant qu’elle ne devint prison ou musée des armes, où ici se trouvait la limite de l’intra muros. Une limite au demeurant parfaitement identifiable sur la carte de la ville puisque l'ancienne porte se dresse sur l’enfilade de boulevards formant sa « petite ceinture », qui suit fidèlement le tracé en forme de coeur de la seconde enceinte.

Je pense que les urbanistes ont dû éprouver ce même sentiment de décalage temporel, car, autour de l'an 2000, à la faveur des travaux du métro et de la restauration de l’édifice, on a agrandi le parc minuscule qui l'entourait naguère pour lui offrir ainsi qu’aux habitants du quartier un écrin de verdure en plus grande harmonie avec ses airs de forteresse médiévale. Mieux, dans le prolongement du parc, un jardin ornemental a vu le jour au dessus d’un parking souterrain et, cerise sur le gâteau, une plaine de jeux en forme de village médiéval y a poussé, coloré et naïf.

Je n’étais plus venue ici depuis longtemps. Ce sont les pérégrinations bruxelloises imposées par mon boulot du moment qui m’y ont menée. Les arbres ont poussé, les rosiers ont fleuri et, si courte soit-elle, si proche du brouhaha de la circulation, la balade est belle. Mais surtout, ce village de bois et son château de rondins qui semble faire la nique à son séculaire voisin de pierre, enchantent les lieux de cris et de rires d’enfants. Alors qu’une bande de gamins de toutes les couleurs s’ébattent juste à côté sur un terrain urbain de sport, ici, un petit garçon s’essaie à l’escalade dans la haute cour du château et quatre ou cinq fillettes basanées jouent à la marchande sur la place du village. Elles miment, se racontent des histoires que je ne comprends pas et s’enthousiasment quand elles m’aperçoivent en train de prendre des photos. Elles ont posé pour moi mais m’ont fait jurer que je ne posterais pas leurs visages si pétillants de rires sur Internet. Je tiendrai parole, parce que leurs jeux au cœur de ce vieux quartier populaire et bruyant, entre les hauts immeubles du siècle dernier, me sont apparus comme autant de promesses d’un avenir métissé enfin harmonieux. Fleurs fragiles poussant sur le bitume de la ville, elles m’ont offert l’espoir que tombent enfin les murailles entre les hommes, qu’ils soient du nord ou du sud, d’ici ou d’ailleurs, du château ou de la basse cour.

La Porte de Hal fermait autrefois la ville protégée par ses remparts. En s’ouvrant aux populations immigrées, sa plaine de jeux médiévale, aujourd’hui, jette des ponts qui ne sont pas levis. 

Musée de la Porte de Hal, Boulevard du Midi, 150, 1000 BRUXELLES 

Tél : 00 32 2 534 15 18

 

 

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Construire en 1381, la Porte de Hal a survécu à la démolition de la seconde enceinte au début du XIXe siècle.

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En 1868,  l'architecte chargé de sa restauration transforme l'austère tour médiévale en une sorte de petit château néogothique... 

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... plus conforme à l'image que l'on se fait, à l'époque, du Moyen Age.

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Aujourd'hui, juste à côté, un château-plaine de jeux lui fait la nique...

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... pour la plus grande joie ...

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... des enfants.

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