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Je sais, j’ai déjà longuement évoqué mon grand-oncle Rodolphe ENGLEBERT, officier de cavalerie, mort sur le front de l’Yser le 9 octobre 1918 : c’était le frère préféré de mon grand-père maternel, c’est le héros de la famille. Mais alors que nous célébrons le centième anniversaire de l’Armistice, je ne pouvais faire l’impasse d’un nouvel hommage à celui qui, ancien lieutenant de cavalerie retourné à la vie civile, s’était engagé comme volontaire dès les premiers jours de l’invasion de la Belgique par les troupes allemandes.

Son dossier militaire résume ses quatre dernières années en bien peu de mots : 

-       11/08/1914 : rentré sous les armes pour le corps des volontaires au 14erégiment de ligne

-      1915 : lieutenant de réserve

-      1916 : fait fonction de commandant de troupes d’étapes à Furnes

-      30/06/1917 : capitaine en second de réserve 

-      19/11/1917 : congé sans solde de 3 mois 

-      16/02/1918 : repris à la solde  

-      03/10/1918 : blessé grièvement près de Roulers 

-      05/10/1918 : rapport médical de l’hôpital d’Hoogstaede : « traversée du thorax droit avec fractures de côtes multiples » 

-      09/10/1918 : mort des suites de ses blessures 

-      22/01/1919 : Croix de guerre avec palme 

-      29/08/1919 : Médaille de la Victoire 

-      10/06/1920 : Croix de Chevalier de l’Ordre de Léopold avec palme 

-       08/04/1838 : Croix de Feu 

C’est terriblement peu pour dire l’enfer des tranchées, le vacarme des bombes, le froid, la faim, la peur et les rats, les camarades morts sous vos yeux, les gaz, la puanteur, le désespoir… Pierre Lemaître a admirablement décrit, dans « Au revoir là haut », l’horreur des combats, l’agonie des blessés dans les trous d’obus, les « gueules cassées. C’étaient des hommes jeunes, des fils, des pères, fauchés dans leur bel âge, qui laissèrent d’innombrables veuves et orphelins. L’Histoire ne s’en remit pas.

Lieux communs, certes, mais cent ans plus tard, alors que, dans les familles ont disparu les derniers témoins susceptibles de se souvenir et de raconter, il me semble essentiel de rendre hommage au courage de tous ces garçons à peine sortis de l’adolescence, ces jeunes gens amoureux, ces maris, ces pères dans la force de l’âge, qui rencontrèrent la mort au détour d’un obus ou de la baillonnette d’un autre garçon, d’un autre mari, d’un autre père, qui leur ressemblait. 

Pas une famille ne fut épargnée. C’est pourquoi, en plus de Rodolphe, je veux me souvenir que, du côté paternel, même s’ils en réchapèrent, mes petit-cousins Gérard, Lucien, Julien et Romain BUTTIENS participèrent également aux combats, tout comme mon grand-oncle Maurice BLOMME qui était le parrain de mon père. De même, le grand-père de mon mari qui ne revit jamais son épouse allemande, contrainte de retourner dans son pays où elle mourut du typhus. 

Cette guerre terrifiante fit le lit de la suivante qui ne le fut pas moins. Dans nos régions, nous vivons en paix depuis plus de 73 ans. Ce n’est pas le cas ailleurs, loin s'en faut. Ne l'oublions pas.

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Mes quatre petits-cousins, les frères BUTTIENS

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 Maurice BLOMME et l'un des quatre BUTTIENS, à Dieppe, le jour de l'Armistice

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Hommage de la Patrie à l'un des arrière-grands-pères paternels de mes enfants