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(couverture du supplément gratuit à "La Libre" de juin 2017)  

Avoir soixante ans et des poussières (un bon gros tas qui n’en finit pas de grossir !), c’est avoir le droit de :

- recevoir sollicitations et conseils illustrés de photos de fringants quinquagénaires aux sourires Pepsodent et aux somptueuses chevelures de neige assorties à leurs tenues de lin blanc, baignant dans la félicité de la super forme entretenue à grands coups de salles de sports et de vacances perpétuelles au soleil ou à l’air vivifiant de la mer. J’ai depuis toujours des canines de vampire, les cheveux immuablement bruns, fins et raides, j’adore les tenues colorées et je n’ai jamais aimé le sport. C’est grave, Docteur ?

- circuler en train d’un bout à l’autre de la Belgique, aller-retour, pour 6,3 €. En vrai, aucun senior ne se tape Ostende-Arlon aller-retour sur la même journée. Cela signifierait avoir juste le temps de changer de quai à l’arrivée. Mais, bon, savoir que c’est possible, ç’est se donner l’illusion que les petites retraites sont vraiment prises en considération par les pouvoirs publics et ça, ça fait du bien.

- employer une aide ménagère « sociale », qui a reçu une formation spéciale pour récurer chez les seniors, les aînés, les personnes âgées, les petits vieux, les vieux schnocks comme moi. Parce que c’est fragile les vieux schnocks : il faut savoir comment les prendre, passer sur leurs petites manies, les écouter sans s’impatienter évoquer des souvenirs d’un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, prendre des nouvelles de leur (toute) petite famille, compatir aux maux de l’âge et même les encourager à consulter si on ne leur trouve pas bonne mine ou observe des pertes de mémoire vraiment inquiétantes. C’est curieux, hier encore j’avais vingt ans, enfin trente, quarante peut-être… Vous êtes vraiment certain que j’en ai… combien au fait ?