Anzin-quartier-pigeon

Les Saints des Derniers Jours (et Jésus par la même occasion) devaient être avec moi car, sitôt dénichées sur le site Familysearch de leur Eglise les lieux et dates de décès de mes arrière-arrière-grands-parents, voilà-t-y pas qu’une nouvelle info s’affiche lorsque je tape pour la xième fois depuis trois ans le nom de mon arrière-grand-mère Augustine Elisa DELFOSSE : selon le recensement, en 1906 elle habite Anzin (Nord) avec sa fille Augusta et… Rodolphe ENGLEBERT, qualifié de « nourrisson, belge, deux ans, né à Bruxelles en 1904 ».

Là, comme ça, l’info peut paraître banale, éventuellement un peu curieuse, mais je peux vous dire qu’il s’agit en réalité d’un véritable coup de tonnerre. Car le petit Rodolphe n’a strictement aucun lien de sang avec mon arrière-grand-mère DELFOSSE, épouse MALVOISIN : il est le fils naturel de ma grand-tante Florence, sœur de mon grand-père Victor ENGLEBERT récemment marié à ma grand-mère Marthe MALVOISIN, l’une des cinq filles d’Augustine. Autrement dit, mon arrière-grand-mère française élève dans les corons d'Anzin le neveu de son beau-fils belge.

Je ne sais si vous suivez. C’est complexe. Inattendu. Surprenant. Et puis, réflexion faite, pas tant que cela, au fond ! Mon étude minutieuse du recensement de 1906 à Valenciennes (près de mille pages !!!) m’a déjà appris que la maman du bambin, Florence ENGLEBERT, y est à l’époque servante chez un avocat. C’est cela la véritable incongruité. Pourquoi ma grand-tante s’est-elle installée à Valenciennes ? Son frère, mon grand-père, y travaillait depuis quelques années comme représentant de commerce. Soit ! Mais elle ? Pourquoi l’a-t-elle rejoint ? Et puis, en relisant attentivement l’acte de mariage de mes grands-parents, je constate que la mère de mon grand-père (et donc de Florence) habitait également Valenciennes en 1904. Pourquoi ? Sans doute parce que, sans profession, c’est lui qui subvenait à ses besoins. J'imagine que, ayant accouché à Bruxelles de son petit garçon sans père, sa sœur Florence a ensuite rejoint son frère et sa mère dans le Nord de la France, mais que, lorsqu’il se marie, mon grand-père ne peut prendre en charge à la fois sa jeune épouse, sa mère, sa sœur et le bébé de celle-ci. Florence doit donc trouver du boulot. La voilà servante dans une bonne maison. Mais qui s’occupera du bébé ? J’ignore pourquoi ce n’est pas sa mère, ce qui eut été logique. Quoi qu’il en soit, le voilà confié à la belle-mère française de son oncle Victor. J’imagine que la jeune mère allait voir son fils à Anzin, banlieue minière proche de Valenciennes, durant ses rares jours de congé. Dure, dure, la vie des « filles mères » !

Combien de temps cet arrangement dura-t-il ? Impossible à dire. Je sais seulement que mes grands-parents (et mon arrière-grand-mère ENGLEBERT) étaient de retour à Liège en 1907, à la naissance de leur fille aînée. Florence les suivit-elle ? Je le suppose puisqu’elle ne tarderait pas à épouser un certain Joseph DELAHAUT, de Tilff, qui élèverait le petit Rodolphe comme son fils. L’histoire finit donc mieux qu'elle n'avait commencé.