On ne pense pas à ces choses-là. Quand, voici bientôt 5 ans, j’entamais ce blog en l’intitulant « Journal d’une mamy-boomer », je n’imaginais pas un seul instant qu’il me faudrait un jour annoncer la maladie puis le décès de celui à qui j’avais dit oui quelque trente-huit ans auparavant. C’était idiot ! Nous étions déjà à cet âge où les corps commencent à montrer des signes de faiblesse, certes discrets et suffisamment mineurs encore pour ne pas alarmer, passagers même pour la plupart, mais pas moins réels pour autant.

J’aurais même dû d’autant mieux deviner que nous marchions vers l’ombre qu’à ce moment-là, il se remettait lentement de la chute qui lui avait fracassé l’humérus quelques mois auparavant et rendrait désormais certains mouvements définitivement douloureux. Rien à voir, me direz-vous ! C’était un accident, comme il peut en arriver à tout le monde. Je n’en suis pas aussi certaine que vous. Avec le recul, je pense que s’il était tombé aussi lourdement, sans le réflexe physique de se protéger le visage, le crâne et le haut du corps en portant les bras vers l’avant, c’est que déjà son organisme ne réagissait plus de façon totalement performante. L'automne dernier, au moment du terrifiant diagnostic de cancer, le médecin nous l’a dit d’ailleurs : « Une tumeur de cette taille ne date pas d’hier ». De quand ? Mystère, bien sûr. Quoi qu’il en soit, après sa chute et l'opération qui s'en suivit, il n’a plus jamais été vraiment comme avant et si, au terme d’une longue convalescence, il a semblé reprendre du poil de la bête, le temps que nous décidions de migrer à la campagne, de faire construire notre nouveau nid, d’accueillir Belle-Maman et de l’accompagner jusqu’à ses derniers jours, il aurait dû être clair depuis des mois que « quelque chose clochait ». Nous n’avons pas vu ou pas voulu voir, nous nous sommes rassurés en incriminant la fatigue suscitée par l’accompagnement de sa maman en fin de vie, nous nous sommes leurrés.

Non, je ne culpabilise pas. Car, finalement, cela aurait-il changé grand-chose de savoir plus tôt ? Pas vraiment, je pense, à part une angoisse plus précoce. Je n’accuse pas les médecins non plus, dont certains auraient sans doute pu tirer la sonnette d’alarme (beaucoup) plus tôt. J’essaie juste de ne pas penser aux trois dernières semaines, pour ne me souvenir que des moments heureux. J’y arrive généralement assez bien.

Voilà ! Je ne m’épancherai pas davantage ici. Ce week-end, c’était fête à l’école de Petit Loup. Il rayonnait en grand Sachem. La vie continue.  

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