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Mes ancêtres sont reposants. Je n’ai pas à m’inquiéter de leur bien-être, de leur santé, de leurs problèmes professionnels ou de couple, de leur situation financière… Ils ont depuis longtemps fini d’aimer, de rêver et de rire, ils ont fini de s’illusionner, de plier sous le joug d’un labeur pas toujours rigolo, ils ont cessé de souffrir. Ils ne râlent plus, ils ne critiquent plus, n’ont plus ni espoirs ni regrets ni remords, ils ne m’adressent aucun reproche, aucune louange non plus, ils n’attendent rien de moi.

Ils sont reposants, d’ailleurs ils reposent.

Ca ne les empêche pas de se faire à l’occasion facétieux, de se dissimuler entre les pages illisibles des registres, de se cacher derrière des graphies improbables, de se rire de mes interminables recherches pour les rassembler dans un Panthéon familial virtuel. À quoi bon, se disent-ils là où ils sont. À quoi bon, en effet, collectionner les noms, les lieux, les dates et les notations, pister leurs traces dans la petite histoire des hommes qui nous ont précédés ?

Savoir d’où on vient aide-t-il à savoir où l’on va ? Je n’en suis pas certaine. Si on se limite aux générations les plus proches, cela peut néanmoins aider à comprendre l’influence de situations ou d’événements parfois anciens sur des comportements contemporains et, qui sait, à résoudre certains conflits intérieurs se perpétuant parfois de génération en génération.

Ces quelques cas particuliers mis à part, l’intérêt de la généalogie me semble néanmoins plus historique que psychologique. J’ai toujours aimé l’Histoire. Y inscrire mes ancêtres, dans leur modestie même, l’illustre de façon autrement vivante qu’une simple lecture, un cours ou une émission télévisée. C’est pourquoi je poursuivrai.