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 La légende familiale racontait que mon arrière-arrière-grand-père Jean Simon s’était marié trois fois et la troisième avec sa « servante ». Parfois, il était également dit sa « gouvernante ». Dans les deux cas, le terme indiquait un certain niveau social. Et, de fait, il fut le premier de la lignée à n’être non pas artisan, comme tous les ancêtres que j’ai retrouvés avant lui, mais bien employé à la Ville de Liège, avant de devenir directeur de l’octroi, c’est-à-dire d’un département des douanes. L’ascenseur social avait magnifiquement fonctionné pour lui.

On ne peut pas en dire autant de sa vie privée qui fut plus que dramatique. Sa première épouse, Joséphine, mourut à trente ans à peine à la naissance de son quatrième enfant. La deuxième, Hubertine, décéda à 25 ans pour une raison qui me restera sans doute inconnue moins de deux mois après son mariage. Enfin, Anne, avec qui il vécut quand même 17 ans, réussit elle aussi à disparaître avant lui, à quarante-cinq ans. Un record ! Dans l’intervalle, elle lui avait donné trois enfants, mais celui du milieu semble être mort en bas âge car Maman n’en avait jamais entendu parler, alors qu’Elise, la dernière des trois, était sa marraine. A moins qu’une mésentente n’ait entraîné une exclusion familiale menant à l’oubli ? Quoi qu’il en soit, je n’ai pas retrouvé l’acte de décès de cet enfant du milieu.

Mon propos n’est pourtant pas de rappeler ces événements que j’ai déjà évoqués ici à plusieurs reprises au gré de mes découvertes, mais bien de complèter le portrait de cet arrière-arrière-grand-père à l’histoire et à la personnalité hors norme. Ce n’est en effet que tout récemment que j’ai mis la main sur l’acte de ce troisième mariage, dont j’ignorais jusque-là la date. Et quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’Edmond, le premier fils du couple, naquit un mois et demi seulement après ce mariage.

Bon, d’accord, c’est assez courant dans nombre de généalogies, mais dans le climat actuel de #balance ton porc et autre #me too, je ne peux m’empêcher de songer que, même s’il n’y eut pas violence, nous nous trouvons quand même là face à une relation de pouvoir d’un monsieur de 45 ans bien sous tous rapports sur une jeune femme de 27 ans d’origine modeste (son père est journalier) qui emploie ses services, sans doute pour gérer sa maison et élever les trois enfants du premier lit, âgés de 13, 11 et 9 ans au moment du mariage. L’a-t-il forcée ? A-t-elle vu la bonne affaire et l’a-t-elle séduite ? Se sont-ils plus simplement trouvés, appréciés, aimés ? Nous n’en saurons rien. Quoi qu’il en soit, des trois enfants de ce troisième couple, si Modeste a disparu des radars, si Elise ne s’est jamais mariée et eut une vie un peu triste sur laquelle je reviendrai sans doute un jour, l’aîné, Edmond, lui, fut à l’origine d’une grande et belle famille, dont, j’imagine, beaucoup de descendants poursuivent aujourd’hui la lignée. Une photo prise en 1925 à l’occasion de ses cinquante ans de mariage avec Gérardine, son épouse néerlandaise, en témoigne. 

Alors, ce troisième mariage, même un peu "ambigu", mérite-t-il qu'on "balance" Jean Simon ?

Englebert Famille Edmond