Violette-4

Surmontée des blasons des "bons métiers" de Liège, La Violette était la Maison de Ville où avaient lieu l'élection des bourgmestres et la publication des règlements communaux.

Comment vit une grande famille en ces lieux, en ces temps, où des inégalités flagrantes divisent la population ? D’un côté, la classe laborieuse des artisans et commerçants possède peu et est soumise aux plus lourds impôts. De l’autre, le haut clergé, sur lequel s’appuie le prince, vit dans l’opulence et possède les deux-tiers de la propriété foncière. Et alors que les trente-deux "bons métiers" devraient élire leurs représentants, échevins et bourgmestres, à la tête de la Cité, ils sont régulièrement privés de leurs droits par la force et des décisions arbitraires. Comment s’étonner dès lors du mécontentement chronique de la population ?

Eustache ENGLEBERT participe-t-il aux soulèvements populaires ? Impossible à dire. J’ignore jusqu’à son métier, sa date de décès, ceux de son épouse Anne LIBERT et de la plupart de ses huit enfants. Les registres paroissiaux de l’époque ne semblent pas, en effet, avoir été tenus avec la rigueur souhaitée et certains, sans doute, ont été détruits. Néanmoins, on est en droit de supposer qu’Eustache, son troisième enfant et second fils, décède en bas âge, sans doute entre trois et six ans. Le 3 juin 1660, après Anne (14/11/1649), Englebert (27/08/1651), ce premier Eustache (10/2/1653), Jacques Gilles (7/10/1655) et Marie Anne (30/1/1658), un sixième enfant et quatrième garçon reçoit, en effet, à nouveau le prénom paternel. C’est de cet Eustache-là que descend la famille.

Tout au long de la seconde moitié du XVIIe siècle, les troubles sociaux vont continuer d’ébranler régulièrement la cité, par ailleurs en butte aux convoitises extérieures, notamment celle des Français qui, en 1675, s’emparent de la Citadelle de forme pentagonale - érigée par Maximilien-Henri à partir de 1650 - et la feront sauter lors de leur retraite le 31 mars 1676. L’événement est accueilli avec soulagement par le peuple, qui voit dans cet édifice militaire intégré aux murailles de la ville le symbole du despotisme princier et parachèvera sa démolition. Dans le même temps, les métiers retrouvent momentanément leurs droits et les bourgmestres les clés de la Cité.

Des tentatives de conciliation sont aussitôt entamées avec le prince. Une nouvelle fois en vain, car entretemps les Français ont tourné casaque et, fort de l’appui que lui a offert Louis XIV pour des raisons hautement diplomatiques, le prince lance son armée de quatorze mille Bavarois à l’assaut de la Principauté. Liège tombe le 26 août 1684. Le 28, Maximilien-Henri entre triomphalement dans la ville, à qui il impose le « Règlement de 1684 » qui, une fois de plus, suspend toutes les libertés et, selon l'historien Henri Pirenne, clôture définitivement une époque de l'histoire de Liège, où l'autonomie urbaine s'était pourtant plus qu'ailleurs développée au cours du moyen âge. Les bourgmestres sont décapités ainsi que de nombreux autres citoyens, la citadelle est reconstruite. 

IMG_1883

Sur ce plan de 1693, on distingue très bien l'Isle et son très long pont enjambant plusieurs bras de la Meuse et la citadelle, au nord.

Dans l’intervalle, le 11 janvier 1680, Eustache ENGLEBERT, quatrième fils d’Eustache et Marie LIBERT, s’est marié en l’église Saint-Adalbert, avec Anne HODEIGE. Son frère Jacques était son témoin, son beau-frère Jean-Baptiste HODEIGE celui de son épouse. Ils auront neuf enfants. Jacques ENGLEBERT, lui aussi, s’est marié, probablement en 1681 car son fils... Eustache naît le 16 août 1682. Sa fille Françoise, elle, voit le jour le 2 octobre 1683.

Pauvres enfants ! Car les troubles intérieurs comme extérieurs ne sont pas terminés. Loin de là !