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En généalogie, quand on se retrouve bloqué, il peut être bénéfique de faire une petite pause dans ses recherches. Ou de changer de branche. Car, la quête d’informations relevant du travail de bénédictin, il vient toujours un moment où on ne « voit » plus rien du tout et où domine l’impression irritante de tourner en rond, tel Guillaume de Baskerville dans le labyrinthe de la bibliothèque du « Nom de la Rose ».

J’étais donc bloquée, par la multitude de Jean et d’Eustache dans ma généalogie, qui m’empêche de les distinguer les uns les autres car, à l’époque où je suis arrivée, la plupart ne possèdent pas d’autres prénoms ou, s’ils en ont un, ils sont nommés dans les actes tantôt par le premier tantôt par le second. J’ai donc cessé un moment de m’intéresser à ces ancêtres et alliés récalcitrants, le temps de reprendre mon souffle en période de fêtes et de rhumes. Et, voici quelques jours, je m’y suis remise.

Au début, rien de neuf : le fouillis de noms et de dates engrangés dans les index des registres me donne pour le 17e et le 18e siècle une dizaine de Jean, mariés et pères de nouvelles séries de Jean. Nécessairement, les Jean jeunes mariés sont fils d’autres Jean. Oui, mes lesquels ? Et de qui ? Les actes de mariage donnent les noms des témoins, souvent des frères et des sœurs des mariés. Les actes de naissance donnent ceux des parrains et marraines, traditionnellement l’un au moins des grands-parents. Les noms des paroisses liégeoises peuvent fournir des indices précieux : parce qu’ils ne sont que deux à se marier, mourir et baptiser leurs enfants en l’église Saint Jean-Baptiste, je déduis sans grand risque de me tromper que Jean Lambert, marié à Ida, et Pierre François, marié à Bertheline, sont frères. D’ailleurs, leurs fils, prénommés Jean Lambert, Jean Baptiste, Jean Erasme, Jean François, ont absolument tous pour parrain Lambert et pour marraine Jeanne, son épouse. De là à déduire que Lambert et Jeanne sont les parents de Jean Lambert et Pierre François, il n’y a qu’un pas que je n’ose franchir, mais la question est soulevée et trouvera peut-être un jour confirmation. Au passage, les parrains et marraines des filles me font découvrir qu’une sœur d’Ida est veuve (« vidua »), qu’une autre a été abandonnée (« relicta »). Détails anodins, certes, mais qui rendent malgré tout cette famille un peu plus « réelle », avec ses hauts, ses bas, ses peines et ses joies. Sa solidarité aussi.

D’indice infime en détail minime, je reconstitue ainsi quelques fratries dont les liens m’échappaient avant ma pause. Alors, bien sûr, ce travail minutieux ne m’a pas encore permis de remonter plus loin qu’Eustache 1er, né vers 1625, ni de rattacher toutes les branches au tronc principal mais je ne désespère pas d’y arriver et ainsi, qui sait, par une branche annexe de découvrir les géniteurs d’Eustache et de son épouse Anne, qui engendrèrent tant de Jean qu’il y en eu, dans ma famille, au moins un – et souvent davantage - à chaque génération depuis près de quatre cents ans. Qu'en sera-t-il de la suivante ?  

NB : photo du film "Le nom de la Rose" de Jean-Jacques Annaud, inspiré du roman éponyme d'Umberto Ecco