Dans le vieux pêle-mêle de ma grand-mère, la photo occupait une place modeste, tout en bas à droite. Un peu floue comme souvent à l’époque les photos d’amateur, elle représentait une sœur de mon grand-père Victor, son mari et leurs six enfants, quelque part au Chili. Où, quand, pourquoi étaient-ils partis ainsi au bout du monde ? Je ne l’ai jamais su.  Quand j’étais enfant, cette grand-tante n’avait plus donné signe de vie depuis des décennies. La famille pensait qu’elle avait péri avec les siens dans un terrible tremblement de terre qui avait ravagé le Chili au début du vingtième siècle.

Dans mon arbre généalogique, l’emplacement de Thérèse restait désespérément dénué d’informations. À part l’année de sa naissance à Grivegnée, tout manquait, même la date exacte. Je n’avais trouvé ni la date de son mariage, ni le nom de son mari, ni les prénoms de ses enfants, encore moins leurs dates et lieux de naissance et je ne savais trop comment remédier à ces lacunes. Voici une dizaine de jours, sans grand espoir, je m’étais hasardée à vérifier sur Internet si, par hasard, les archives du Chili n’étaient pas accessibles en ligne. En vain ! De toute façon, ignorant son nom d’épouse et la ville où ils résidaient, les recherches (en espagnol) étaient vouées à l’échec.

Or, voici que me parvient un message en anglais. Mon correspondant me dit être le mari de Natalia, descendante de Thérèse. Il a trouvé mon arbre généalogique sur Généanet et s’étonne de voir que je n’attribue aucun enfant à l’aïeule de sa femme alors qu’elle en a eu dix (j’étais restée à six !) et compte aujourd’hui près de quatre-cents descendants. Il se réjouit en même temps de découvrir toute l’ascendance de Natalia jusqu’en 1656 et m’invite sur le site de partage familial où, effectivement, je ne tarde pas à identifier une multitude de cousins, génétiquement pas si lointains que ça,  même s’ils le sont par la distance et leur histoire personnelle. Quant à Thérèse, j’apprends non seulement le nom de son mari Léon, mais surtout qu’elle a vécu jusqu’en 1969, c’est-à-dire jusqu’à 96 ans, battant ainsi le record de longévité de cette génération-là.

C’est un peu triste de penser que, durant toutes ces années, sa famille d’origine l’a crue morte tragiquement avec les siens. Pourquoi n’a-t-elle plus donné de nouvelles ? Le tremblement de terre a-t-il quand même durablement perturbé sa famille, a-t-elle égaré les adresses ou la « déménagite » qui frappait ses frères et sœurs en Europe a-t-elle brouillé les pistes. Je ne le saurai pas. Mais je compte bien en apprendre plus long sur l’histoire de cette branche familiale perdue et retrouvée. Eventuellement avec l’aide de cousins polyglottes.

Et vive Internet ! 

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Alberto (aujourd'hui décédé), son épouse et ses deux petites-filles, le plus jeune des fils chiliens de Thérèse