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Dans leurs commentaires de mon précédent billet, Cathycat et Zelulu disaient leur méfiance vis-à-vis d’un film qui leur semblait ne pouvoir qu’être en deçà des attentes que le matraquage systématique de sa bande annonce et des monceaux de critiques élogieuses avaient fait naître en elles. J’étais très précisément dans le même état d’esprit en ce mercredi soir 1er janvier.

C’était sans compter avec la virtuosité de Guillaume Gallienne qui, de la première à la dernière image, jongle avec les styles narratifs, enchaînant les prises de vue du one man show qui précéda le film avec leur illustration cinématographique, souvent commentée par sa voix off. Du coup, le spectateur ne perd à aucun moment de vue qu’il se trouve dans un spectacle, avec les conventions théâtrales que cela suppose : ce quadragénaire à l’air juvénile peut jouer un ado de quinze ans ou sa propre mère sans que cela choque le moins du monde. De même, les traits excessifs, les raccourcis caricaturaux et les répliques à l’emporte-pièce passent-ils parfaitement quand ils seraient insupportables dans une comédie classique.

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Le fait que cette maîtrise formelle soit mise au service d’un propos qui, sans elle et l’autodérision permanente  du comédien-auteur, serait -est- parfaitement casse-g… n’est pas la moindre des prouesses de ce film autobiographique aux allures de psychodrame jubilatoire. Car derrière le rire, se cache bel et bien une tragédie : celle d’un enfant, d’un ado, qui ne correspond pas aux critères dont la société affuble les garçons. Du coup, Guillaume mettra des années à se trouver, à découvrir son identité profonde et non plus celle qu’il s’est attribuée par mimétisme avec sa mère. En attendant, il aura souffert tous les quolibets, les harcèlements, les méchancetés, les rejets et les quiproquos imaginables. Le fait qu’il grandit dans une famille grande bourgeoise, où on vit - très confortablement - en vase clos, sans se parler beaucoup, en tout cas pas des choses essentielles, contribue sans doute à ce brouillage d’identité. Il faudra la tolérance d’un collège anglais, bien des expériences passablement cruelles et totalement burlesques, et presque autant de psychothérapies, pour que Guillaume trouve enfin son « genre » - comme on dit aujourd’hui - en même temps que sa vocation de comédien.

Jamais, l’expression « l’humour est la politesse du désespoir » n’a, me semble-t-il, aussi bien résumé une œuvre cinématographique. C’est drôle et terriblement cruel, triste et profondément jouissif, jusque dans la description d’une famille et d’un milieu totalement inconscients de la détresse profonde de l’un des leurs.

« Les garçons et Guillaume, à table ! » : un ovni à ne rater sous aucun prétexte !