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Mon arrière-grand-mère Marie Barbe Lambertine et quatre de ses neuf enfants, dont mon grand-père (en haut à gauche) vers 1903

L’autre jour, l’amie d’une amie me demande ce qui me pousse à établir ma généalogie. Bonne question ! Je ne me l’étais jamais posée. Depuis le temps que j’y pensais, que j’attendais d’avoir le temps de m’y consacrer, cela me semblait « normal » et même naturel.

J’ai toujours eu l’impression que nous avons tous envie de savoir d’où nous venons, qui étaient nos grands-parents, leurs parents et leurs grands-parents, ces milliers d’hommes et de femmes qui nous ont précédés dans la grande aventure de la vie. Et pourtant non ! Certains s’en contrefichent. Le présent, le futur seuls les intéressent. Ils s’y impliquent corps et âme et sans doute ont-ils raison. Vivre pleinement ce qui nous est donné à vivre et préparer ceux qui nous suivront à affronter au mieux les inévitables difficultés, à savourer au mieux les joies qui seront les leurs : la tâche est suffisamment ardue pour mériter qu’on y consacre l’essentiel de son énergie.

Alors pourquoi regarder en arrière ?  

Je l’ai déjà écrit (ici) : par une sorte de reconnaissance pour tous ces humbles, ces petits, qui ont tissé cette fameuse chaîne de la vie avec courage et obstination pour nous amener moi et les miens à être ce que nous sommes aujourd’hui. Une reconnaissance dont ils se fichent peut-être totalement là où ils sont mais qui me tient pourtant à cœur par une sorte de sentimentalisme sans doute désuet mais bien réel. Si j’ai eu envie de savoir, c’est aussi (surtout ?) parce que Maman s’est toujours sentie amputée d’une partie de son histoire : celle liée à son père qu’elle perdit à l’âge de neuf ans et qui ne lui fut transmise qu’en seconde main par sa mère, qui n’en savait au fond pas long. Ce sont ces fragments d’histoire, l’origine liégeoise ancrée dans les noms et dans certains prénoms, le patriotisme de la famille, l’éducation militaire des garçons, l’engagement du grand-père dans la légion belge au Mexique aux côté de l’Empereur Maximilien et de son épouse Charlotte de Belgique, les revers de fortune du même grand-père, la disparition d’une tante et de ses six enfants dans un tremblement de terre au Chili, la mort d’un oncle dans les tranchées de l’Yser… qui ont alimenté une légende familiale teintée de romantisme et titillé l’envie d’en savoir plus.

Côté paternel, je savais l’histoire beaucoup moins mouvementée. J’ai aussi connu la plupart de mes grands-oncles et tantes. Dès lors, le mystère n’était ni entier ni passionnant. C’est pourtant de ce côté-là que j’allais faire mes premiers progrès et la pousée d'adrénaline ressentie à chaque découverte allait bientôt me rendre accro.

Car, dans cette quête il y a quelque chose de celle du détective, et j’ai déjà dit combien les polars me passionnent et pourquoi : remettre de l’ordre dans le chaos, en l’occurrence celui de l’oubli.

Alors, sans doute ne vivrai-je pas mieux en sachant d’où nous venons. Peut-être que mes enfants et petits-enfants n’en ont rien à cirer de savoir qu’ils eurent un aïeul mulquinier et un autre légionnaire, mais à moi cela me donne l’impression (l’illusion ?) de rassembler des parts de moi-même et je suis heureuse de savoir que s’il leur vient un jour la curiosité de feuilleter les pages de l’histoire familiale, ils trouveront peut-être réponse à des questions qu’ils ne se posaient pas, mais qui les éclaireront quand même sur ce qu’ils sont.