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J'étais à Paris l'autre jour pour un projet qui me tient à coeur et sur lequel je reviendrai bientôt. Or, mon fils, qui me servait de chauffeur, m'avait offert pour la fête des mères une soirée au Théâtre Antoine où nous avons applaudi Charles Berling, Alain Fromager et Jean-Pierre Daroussin dans le célèbre et désormais classique "Art" de Yasmina Reza.

Hier soir, Jean-Pierre Daroussin a reçu pour son rôle dans "Art" le Molière du comédien dans un spectacle privé. Un Molière que je pense amplement mérité.

Bien sûr, je n'ai pas vu les autres spectacles et j'ignore donc s'il surpassait réellement les autres candidats en lice, mais je sais que dans "Art" en tout cas, il était excellentissime et surpassait, de loin me semble-t-il, ses deux comparses. Peut-être parce que le rôle d'Yvan exigeait nettement plus de nuances que celui des deux autres ? Encore fallait-il être à la hauteur de ces nuances et, sur ce plan, nul ne contestera qu'il l'était - et ô combien - en particulier dans le long monologue où ce doux, ce timide, toujours prêt à éviter le conflit en ménageant la chèvre et le chou, explose soudain face à ses deux copains dressés sur leurs ergots pour un tableau entièrement blanc que Serge, toujours un peu snob, vient d'acquérir et que Marc déteste. Un grand moment de théâtre.

Bien sûr, aussi, on pourrait dire que Jean-Pierre Daroussin joue toujours la même partition : celle du type ordinaire, sans ambition, un peu dépassé par les événements mais, au fond, d'une grande sagesse. On l'a lui a vue jouer au cinéma dans "Le coeur des hommes" et dans "Conversation avec mon jardinier", on l'a appréciée à la télé dans la série "Le bureau des légendes". Ce matin "Le Monde" rappelait qu'en 1979, le critique dramatique Michel Cournot écrivait dans ses pages : « Dans la classe de Marcel Bluwal s’est distingué un comédien extraordinaire, appelé sans doute à un grand avenir, Jean-Pierre Darroussin. Acteur presque impassible, au visage chaotique, qui, restant sur un quant-à-soi presque ténébreux, déclenche des explosions incroyables de comique pur, très beau, mais détermine aussi bien une émotion violente dans les moments de drame. Acteur puissant et pudique, déjà d’une maîtrise totale. » En voilà un, en tout cas, qui ne s'était pas laissé prendre à l'allure anodine et à l'air de ne pas y toucher du comédien de 64 ans aujourd'hui. Car chaque rôle, quand bien même les personnages se ressemblent, exige sa dose de création dans l'intériorité et le décalage toujours un peu burlesque avec la réalité. Or, ce talent n'est pas donné à tout le monde.

Bref, nous avions passé une excellente soirée et, hier soir, je me suis réjouie de ce Molière. Le premier.