Pour la douzième fois en vingt ans, je me suis donc rendue au Crématorium d’Uccle pour l’adieu à un proche. D’aucuns pourraient trouver que les circonstances et les lieux se prêtent mal à un quelconque Top/Flop. Il m’a semblé, au contraire, que les moments toujours intenses vécus ici se nuancent d’aspects positifs et d’autres qui, par essence, le sont moins. Je me suis donc pliée au périlleux exercice.

Flop

- La mort : toujours un déchirement et souvent une injustice, surtout lorsqu’il s’agit d’enfants, d’ados, de jeunes parents, d’adultes dans la force de l’âge, de parents et grands-parents aimés. En l’occurrence, mon amie C. s’en est allée prématurément avec son amour des siens, sa force et son humour. Son humour qui était sa force.

Top

- Les lieux : conçus pour accueillir les familles dans le respect du défunt et de leur douleur, ils proposent des jardins fleuris, des sculptures porteuses de sens, des salles propices à la sérénité et au recueillement. J’y ai vécu des moments autrement plus forts que dans pas mal d’églises où le rituel prenait le pas sur l’émotion.

Flop

- Le minutage serré des cérémonies : bien sûr, pas question de laisser les familles et amis se répandre en hommages interminables. Chacun a droit à son moment de souvenir et d’intimité mais les demandes sont en expansion constante. Les différentes étapes sont donc réglées comme papier à musique. Quand il y a beaucoup de monde, les derniers à s’approcher du cercueil pour y déposer une fleur sont invités à accélérer la manœuvre : le « client » suivant et sa famille ne peuvent pas attendre. Ici, on ne badine pas avec l’horaire.

Top

- La robe bleue à fleurs de la fille aînée de C. : elle lui va à ravir et j’ai quelque mal à retrouver dans cette jeune femme éprouvée mais vaillante l’enfant que j’ai si bien connue. Elle a eu raison de ne pas, comme moi, se vêtir de grisaille. C. aurait détesté. Elle a détesté. Je m’en veux un peu de n’avoir pas osé le rouge. Dison, le vert… 

Flop

- La photo-souvenir reçue à la fin de la cérémonie : je préférais celle exposée sur le cercueil, plus joyeuse, plus ancienne sans doute, mais tellement plus proche du souvenir que je garderai de C. Dans l’assistance, je ne reconnais pas certaines personnes que je sais pourtant avoir rencontrées autrefois. Elles-mêmes ne semblent pas savoir qui je suis. Même si, à chaque retrouvaille, nous restions profondément complices, nos parcours respectifs avaient espacé nos rencontres ces dernières années. Du coup, à part M. avec qui nous avions longtemps formé un trio de choc, je ne connaissais plus son cercle amical. Avec C., c’est tout un pan de ma vie professionnelle et de mes souvenirs qui vient de s’envoler entre deux volutes de fumée (c’est le cas de le dire !)