Je suis de cette génération de parents abreuvés de Françoise Dolto. Je ne connais donc pas bien Marcel Rufo, qui a commencé à écrire, à participer à des émissions de radio ou de télévision et à devenir célèbre alors que mes enfants étaient déjà élevés. Mais, l’autre jour, le titre d’un de ses derniers bouquins me saute au visage à la vitrine d’une librairie : Grands-parents, à vous de jouer !

Je pensais me plonger dans un traité de psychologie et je tombe sur des souvenirs. Ceux de l’auteur au temps déjà lointain de son enfance toulonnaise, aux côtés d’une grand-mère d’origine italienne haute en couleurs, marchande des quatre saisons comme la plupart des femmes de la famille. Un récit dense et brouillon, où le lecteur éprouve par moment quelque mal à s’y retrouver. Un récit où les anecdotes disparates le disputent à la chronologie et à l’analyse. Un récit, surtout, qui sourd la tendresse inconditionnelle de cette grand-mère pour son petit-fils (et vice-versa), que l’on devine enrichi par les souvenirs de cet amour.

La seconde partie de l’ouvrage rassemble des lettres de Marcel Rufo à ses petits-enfants imaginaires, puisqu’au moment de l’écriture, il n’était pas encore grand-père lui-même (l’est-il aujourd’hui ? Je l’ignore). Des lettres courtes et thématiques, enjouées, émerveillées par l’enfance, bourrées elles aussi de tendresse. Et de bon sens.

A travers ces « souvenirs du futur », ces moments encore à venir, le grand-père en latence invite mine de rien ses lecteurs à la réflexion, insistant sur la transmission. Transmission de l’histoire familiale, certes, car l’enfant à besoin de racines, mais surtout transmission de coutumes, d’émotions, de valeurs et de règles qui fortifieront l’esprit et peut-être le corps de ceux qui nous suivront dans la longue chaîne de la vie. Abordant tour à tour des thèmes aussi graves que l’adoption, l’enfant né sous X, l’homoparentalité, la maladie grave, le handicap, mais aussi des aspects plus légers communs à la plupart des enfances, il confie aux grands-parents une mission éducative essentielle d’écoute, d’accueil et de partage, dans le respect de leur propre individualité. 

Même si j'ai trouvé l'ensemble un peu "facile", dénué de réflexion approfondie, cet essai a le don, me semble-t-il, de « rebooster » les grands-parents qui ne se sentiraient indispensables que dans les aspects strictement matériels de la vie familiale. L’importance psychologique de leur tendre présence est ici valorisée avec une conviction profondément réjouissante.

 

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