Coucou, me revoilou avec un ordi tout beau, tout neuf pour remplacer celui qui m’a lâchement laissée tomber en plein milieu d’un gros boulot et, cerise sur le gâteau, le jour de mon anniversaire ! Donc, il a bien fallu mettre la main au portefeuille pour remplacer l’ingrat et l’aide de Grand Loup n’a pas été inutile pour récupérer tout ce qui pouvait l’être sur le disque dur externe que je n’avais malheureusement pas allumé depuis deux jours. Honte sur moi ! Du coup, deux jours de travail perdus. Mais cela aurait pu être pire. Et finalement, en cette période de soldes, j’ai bénéficié d’un prix tout à fait attractif, ce qui n’aurait pas nécessairement été le cas à un autre moment. Donc, tout baigne !

Sauf que… Sitôt l’engin opérationnel, j’ai écrit une petite bafouille à poster ici-même. Pourquoi, au dernier moment ai-je hésite ? Je l’ignore. Toujours est-il que bien m’en a pris car mon billet avait pour sujet les retards de mise en service du RER et les inconvénients esthétiques des voyages en train qui y sont liés. Or, au moment où j’y mettais le point final, le train Paris-Limoges déraillait en gare de Brétigny-sur-Orge, faisant six morts et de nombreux blessés.

Du coup, mes états d’âme de navetteuse occasionnelle m’ont semblés totalement dérisoires et je suis restée silencieuse sur ce blog quelques jours de plus. Mais avec la déclaration selon laquelle l’accident serait dû à la vétusté du réseau français, je me suis dit que, finalement, mon billet illustre un phénomène assez comparable : on investit des millions dans un projet grandiose, le TGV en France, le RER chez nous, et pendant ce temps le réseau « normal » se dégrade, avec les risques que cela comporte pour les usagers. Nous, nous avions déjà eu notre accident pour cause de vétusté : à Buizingen, en 2010. Bilan : 19 morts et des dizaines de blessés.

Alors voilà, j’ai décidé de le publier quand même ce billet, en sachant que ça ne résoudra strictement rien, mais qu’un coup de gueule de temps à autre, ça aide souvent… celui qui le pousse.

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Pour la xième fois, la mise en service du RER bruxellois vient d’être postposée à… 2025. Si mes souvenirs sont bons, il aurait dû être opérationnel en 2015.

Cette fois, c’est un riverain flamand de la commune d’Uccle qui bloque les travaux. Il vient, en effet, d’obtenir de la chambre flamande du Conseil d’Etat qu’il suspende le permis d’urbanisme au motif que la demande et l’enquête d’incidence n’aient été consultables qu’en français, partant du constat que la halte de Linkebeek serait partiellement située en Région flamande. Ce que d’aucuns contestent. C’est la troisième annulation du genre.

Ces retards coûtent très cher à la SNCB, à la Région et finalement à tous ! L’ancien ministre-président de la Région bruxelloise, Charles Picqué, déplorait d’ailleurs récemment qu’un projet d’intérêt général soit ainsi mis à mal pour des considérations linguistiques.

En attendant, sur le tronçon wallon, les travaux vont bon train (si j’ose dire !). J’ai eu l’occasion de m’en rendre compte ces dernières semaines, en reprenant régulièrement le train que j’empruntais quotidiennement il y a dix ans. Alors qu’hier je prenais un plaisir renouvelé à ces vingt minutes de trajet entre Ottignies et Bruxelles, tant les prairies, les jardins, la forêt et les champs, composaient un paysage aussi varié que plaisant au fil des saisons, je n’ai eu d’autres recours, ces derniers temps, que de me plonger dans un bon bouquin, tant les travaux du RER ont fait pousser le béton tout au long de la voie. Pire : un béton de plus en plus graffité, qui laisse plus de place à une imagination revancharde et agressive qu’à l’art. Et quand, les concepteurs ont opté pour des murs anti-bruits « verts », entendez couverts de plantations, ce sont les mauvaises herbes qui ont pris le pouvoir et envahi les bacs à fleurs initialement prévus. Désormais, la forêt est au mieux en prison, au pire déracinée sur d’interminables tronçons. Le tout forme en ensemble d’une laideur sans nom qui incite d’autant moins à porter le regard vers l’extérieur que quelques jolies petites gares ont, au passage et au choix, été rasées, abandonnées, squattées, graffitées… Et on est en droit de se demander à quoi ressembleront non seulement ces anciens bâtiments en 2021 (date actuellement d'actualité en lieu et place de 2012 initialement prévu !) mais aussi les tout nouveaux tunnels, quais et autres ouvrages de béton déjà construits en vue de la mise à quatre voies de la ligne concernée.

Vu le déplacement du train et le flou qui en aurait résulté, je n’ai pu prendre de photos de ce massacre paysager plus ou moins temporaire.Mais, au final, la laideur ne serait qu’un moindre mal si tout l’argent dépensé en vain pour des RER bruxellois et wallon qui jouent à l’Arlésienne ne rendait depuis des années la SNCB totalement incapable d’assumer l’indispensable rénovation du reste de son réseau, pourtant vétuste et de plus en plus dangereux.