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Le vieux bonhomme Hiver avait résisté. Longtemps. Il avait refusé de brûler sur le bûcher, comme c’est la coutume depuis le fond des âges. Les feux se voyaient de loin. Ils dansaient dans la nuit noire, joyeux, conquérants, victorieux sur chacune des six collines surplombant la vallée. Mais, ici, au sommet du tas de bois, le grand corps de chiffons et de paille s’obstinait à échapper aux flammes. L’hiver ne cesserait-il donc jamais ? De mémoire de villageois, jamais on n’avait observé pareille résistance. Le présage n’était pas bon.

Enfin, une flamme plus vigoureuse, plus audacieuse peut-être, vint lécher les basques du géant qui, brutalement, s’enflamma.

Alors, la joie de tous explosa en cris et rires païens semblables à ceux que nos ancêtres poussèrent sans doute aux premiers temps de l’humanité. Le mauvais sort était conjuré. Le soleil reviendrait une fois de plus réchauffer la terre comme il était toujours revenu, le printemps pourrait à nouveau faire éclore les pousses tendres et les oisillons dans les nids. Les champs donneraient du blé, les hommes et les bêtes trouveraient à se nourrir.

Cette année-là, après un premier et bref redoux, l’hiver refit tardivement son apparition sous forme de tourbillons neigeux qui engloutirent villes et villages. Il fallut à nouveau se calfeutrer pour affronter la froidure. De longs jours.

Enfin, un matin plus clément se leva. Cristal par cristal, la neige se mit à fondre et l’eau à goutter des toitures. Le chat de terre cuite pointa son museau naïf dessous la couche immaculée qui l’avait englouti longtemps auparavant. L’hiver s’en allait à pas furtifs.

Mais il reviendrait, plus fort, plus vigoureux, plus tenace encore. Nul n’en douta.

 

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