Jeu de balle Tintin

 

Je me demande soudain si je ne suis pas en train de faire une crise de belgitude aigüe.

Je vous contais, l’autre jour, les tribulations familiales qui allaient faire de  mes descendants et moi des « zinneke » pur jus, ces étranges produits du métissage à la belge ni tout à fait ménapiens, pardon ! flamands, ni tout à fait nerviens (entendez wallons), des « ketjes » parlant français mais tatoués au vent du Nord et aux pigments des primitifs flamands, imbibés du plat pays de Brel, à jamais tintinophiles et, pourquoi pas, tintinologues.

En outre, hier soir, nous sommes allés à Louvain-la-Neuve nous payer une pinte de bon sang avec  « Sois belge et tais-toi ! », notre occasion annuelle de rire de ce qui nous ferait plutôt grincer des dents chacun des 364 autres jours de l’année : la politique de chez nous. Il faut dire qu’avec ses querelles communautaires (terme ô combien plus neutre que « linguistiques ») et ses crises gouvernementales en sus de l’économique, avec notre élégant Elio et notre amaigri (mais hélas non amoindri) Bart, avec Laurette et Joëlle, avec le roi Albert et le prince Philippe, avec Plupke Moustache et Dédé Flahaut, mais aussi Devos et Lemmens (ici), Sarko et Carla, François et Valérie en guest stars, il y a de quoi tailler une galerie de portraits plus savoureux les uns que les autres. Et, une fois de plus (la quinzième), l’équipe du journaliste Baudouin Remy et de son père André, ne s’en est pas privée dans une revue déjantée culminant avec une parodie des fameux « Faux contacts » en hommage au regretté Manu Thoreau. Chargé cette fois de former nos policiers de terrain, l’homme y a affaire à une belle brochette de recrues plus improbables les uns que les autres. Faut-il le préciser : c’est irrésistible ! Les comédiens eux-mêmes en pleuraient de rire. Imiter l’imitateur : faut être belge pour y penser !

Et puis, en rejoignant mon super-plumard, j’ai pris conscience que mon livre de chevet actuel tourne autour de thèmes proches puisqu’il s’agit du dernier ouvrage de Patrick Roegiers, « Le Chagrin des Belges » (ed. Grasset). Avec cet écrivain de chez nous exilé à Paris depuis trente ans, c’est tout le surréalisme à la belge qui nous saute au visage à travers son histoire mouvementée et ses personnages hauts en couleurs, du cheval Bayard à l’ami Ben(oît Poelvoorde), en passant, bien sûr, par manneken pis, la pipe qui n’en est pas une, Yolande Moreau, les maisonnettes jaunes de « Toto, le héros », l’Expo 58 et l’atomium, Léon Degrelle, le Père Damien,  Charlier-jambe-de-bois, Arno, le lion de Waterloo, Victor Hugo en exil…

Ah, j’oubliais, « Sois belge et tais-toi ! » sait aussi se faire émouvant. Notamment quand le père et le fils Remy chantent sous la pluie « Ma belgitude ».

Alors, Docteur, la question : est-ce grave ?