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Pour Noël, Papiloup a notamment reçu un superbe album consacré au musée Hergé de Louvain-la-Neuve (*) et, bien sûr, à son personnage fétiche, peut-être le plus célèbre des personnages de bandes dessinées au monde : Tintin.

Ce musée, nous le connaissons bien (et je vous en ai déjà parlé ici) puisque nous l’avons vu construire au cœur de la cité universitaire, à deux tours de roue de chez nous et à deux pas de l’appartement de Belle-Maman. C’est un bâtiment audacieux, né de l’imagination de Christian de Portzamparc, poète du volume et de l’espace, qui s’est laissé inspirer par la Ligne Claire, si chère au cœur du maître de la BD franco-belge. C’est surtout un hommage exceptionnel à cet homme dont les albums ont laissé des traces durables au cœur de bien des enfants devenus grands. Surtout s’ils sont belges. Car l’œuvre d’Hergé - comme celle de Jacques Brel à peu près à la même époque - est marquée du sceau de sa belgitude, ce dont les lecteurs français ne se rendent pas nécessairement compte : uniformes des agents de police, momies et fétiches de nos musées, vues urbaines de Bruxelles et paysages brabançons, noms et devises fantasques inspirés du bruxellois ou du flamand, etc.  

Quoi qu’il en soit, il me semble souvent que, petits ou grands, belges ou non, nous avons tous en nous quelque chose de Tintin. Quelque chose qui vient du pays de l’enfance, quand nous découvrions le monde - que dis-je ? - l’univers, à travers les vignettes de « Tintin au Tibet », du « Secret de la Licorne » ou d’« On a marché sur la lune ». Les fonds marins du « Trésor de Rackam-le-Rouge », la fusée à carreaux rouges du professeur Tournesol, l’éclipse du « Temple du Soleil » et le cri déchirant du Yéti dans ses montagnes glacées éveillent toujours en moi des résonnances profondes. Peut-être d’autres sont-ils plus sensibles au chant de Bianca Castafiore ou aux têtes réduites des Indiens d’Amazonie, au lama cracheur des Andes, au gorille de « L’île Noire » ou aux « Sept boules de cristal », mais le fait est que, tous, nous portons dans le cœur des images indélébiles qui s’y sont incrustées au temps béni des rêves et de l’insouciance.

C’est pourquoi, ce musée mérite la visite non pas des enfants, mais bien de ceux qui le sont restés malgré le passage du temps. S’il informe de manière documentée, attrayante et complète sur l’auteur et son œuvre, il réveille surtout les émotions enfouies (enfuies ?), une nostalgie couplée au bonheur des retrouvailles intimes avec ses lectures d’antan, c'est-à-dire avec soi-même.

Sans doute parce que la veuve d’Hergé a préféré un emplacement décentralisé en Brabant wallon plutôt qu’à Bruxelles (qui n’aurait pas autorisé l’audace architecturale du bâtiment), le musée Hergé peine à atteindre le seuil de fréquentation qui le rendrait rentable et qu’il mérite ô combien largement. C’est extrêmement dommage car une faillite signifierait une perte culturelle incommensurable. Prendre le train pour Louvain-la-Neuve, visiter cet endroit hors du commun et hors du temps, c’est renouer les liens distendus avec l'esprit d'enfance. Osez l'expérience. 

(*) éd. de la Martinière

Musée Hergé, Rue du Labrador, 26, B-1348 Louvain-la-Neuve.

Tél : +32 10 488 421


info@museeherge.com

http://museeherge.com

 

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