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Ma grand-tante Coralie

Quand j’étais enfant, mes grands-tantes s’appelaient Coralie ou Elodie, prénoms qui me paraissaient aussi fanés que celles qui les portaient. Jamais au grand jamais je n’aurais pensé les donner à ma fille. Mes tantes s’appelaient Jeanne (ah les « Tantes Jeanne » de Bécaud !), Hélène, Rose… prénoms classiques, certes moins datés, mais quand même suffisamment associés à des dames d’âge mûr pour que, comme la plupart de mes contemporain(e)s, je les écarte définitivement de mes choix.

Côté garçon, il y avait Jules, bien sûr, qui me semblait parfaitement grotesque. De même que Léon et Gaston, vieux noms, noms de vieux s’il en est. Je ne connaissais pas d’Oscar, mais je savais que c’était le nom d’un oncle de mon grand-père. Pensez s’il me pouvait me sembler suranné ! Quant à Arthur, je le voyais plutôt porté par un chien. Allez savoir pourquoi !

Jusqu’à ce que, sur les bancs de l’université, je rencontre une charmante Jeanne-Marie et une jolie Hélène, avec qui je me lierais d’amitié. Il y avait donc des filles de mon âge à porter avec aisance ces prénoms éternels ? Un peu plus tard, à l’école de mon fils, Coralie prenait d’emblée la tête de la classe pour de nombreuses années, sans jamais attraper la grosse tête. A la même époque à peu près, j’appris que Gérard Jugnot avait prénommé son fils Arthur et qu’il existait des petits Jules qui ne ressemblaient pas au commissaire Maigret. Plus récemment, Jamel Debouzze a choisi d’appeler son fils Léon et je sais un déluré jeune Gaston né trois jours après notre Petit-Loup. 

Il en va des prénoms comme de la mode. Ils vont et viennent au rythme des saisons. En tout cas des générations. Les enfants qui les portent rajeunissent l’image flétrie héritée des ancêtres et leur rendent suffisamment de charme pour que d’autres parents soient tentés. L’année 2012 a ainsi vu naître des ribambelles de Louis, Arthur, Jules et Paul, aux côtés d’innombrables Emma, Manon, Lucie et Louise. Ainsi, les rois de France et Mme Bovary, Rimbaud, la putain amoureuse créée par l’abbé Prévost, l’antique César, mon grand-oncle Paul et mon arrière-grand-mère Louise, portaient-ils tous des prénoms résolument modernes. Que dis-je ? D’avant-garde ! Dès lors, j’attends avec impatience les nuées d’Auguste et d’Augustine, d’Eugénie et de Calixte, de Barbe, d’Alphonse, d’Ignace et de Raymond, d’Yvonne et de Bertha, qui viendront redonner un coup de jeune à tous ces prénoms (injustement ?) tombés en désuétude.