Saint Nicolas passera la nuit prochaine dans les cheminées pour distribuer des jouets par milliers aux enfants sages de chez nous. Une nuit pas comme les autres qui m'a inspiré cette petite histoire.

 

Saint Nicolas

Le balai de Saint Nicolas 

En ce matin du 5 décembre, Saint Nicolas terminait les préparatifs de sa nuit la plus folle de l’année.

- Pratique, cette hotte ! songeait-il. On la dirait sans fond. Tant qu’il y a des enfants à visiter, j’y trouve des cadeaux. Il y a tout autant de nounours, de poupées, de Supermen et de tortues Ninja (Beurk !) que de petits garçons et de fillettes à gâter. Du moins si je n’ai oublié personne !

Et le vieil homme à barbe blanche relut une fois encore son grand registre : une veilleuse Barbapapa pour Kevin (qui a promis d’aller dormir dès qu’on le lui demande, sans trouver mille prétextes pour prolonger la soirée), un tambour pour Valérie (je plains les oreilles des parents !), un jeu vidéo pour Chloé (qui est si sage… depuis tout à l’heure), un circuit automobile pour Julien…

Le compte était bon et l’heure de réveiller l’âne Martin avait sonné.

-       Debout, paresseux ! lança Saint Nicolas en entrant dans l’écurie.

Mais, ce matin-là, Martin semblait bien mal en point. Il tremblait de fièvre et n’était manifestement pas en état de suivre son maître dans son escapade annuelle sur les toits d’Alsace et de Lorraine, de Belgique et des Pays-Bas.

-       Pauvre, Martin ! s’apitoya Saint Nicolas. Reste couché. Je t’envoie le vétérinaire. Et ne t’en fais pas, je me débrouillerai sans toi cette nuit.

L’âne lui lança un regard reconnaissant. Mais Saint Nicolas avait parlé un peu vite. Comment faire sans l’aide de son fidèle compagnon ? Bon sang, mais c’est bien sûr ! Il empoigna son Iphone et appela son copain le Père Noël.

-       Salut, vieille canaille ! Comment vas-tu ? Déjà dans tes préparatifs du 25 décembre ? Moi, je termine à l’instant. Sauf qu’un épouvantable pépin me tombe dessus : Martin est malade, incapable de m’accompagner. Alors je me suis demandé si tu ne pourrais pas me prêter ton traîneau et tes rennes, juste pour cette nuit ?

Hélas, le Père Noël ne pouvait aider son ami. Ses rennes broutaient encore dans les étoiles et les rassembler prendrait trop de temps.

Saint Nicolas raccrocha, perplexe. Il pensa bien aux anges qui apportent des cadeaux aux enfants d’Allemagne, la nuit de Noël, aux elfes bienfaisants qui veillent sur ceux du Danemark, mais les uns comme les autres s’affairaient déjà dans leurs ateliers respectifs et Saint Nicolas savait trop l’ampleur de la tâche pour les en détourner une nuit entière.

C’est alors qu’il se souvint de la Befana, cette vieille aux allures de sorcière dont la légende raconte que, voici 2013 ans, elle refusa l’hospitalité aux Rois Mages en route pour Bethléem. Condamnée du coup à chercher inlassablement l’enfant Jésus, elle erre depuis, chaque nuit qui précède l’Epiphanie, en laissant un cadeau dans chaque maison d’Italie car, sait-on jamais, il pourrait avoir choisi l’une d’elles pour abri. Aussi, les petits Italiens attendent-ils avec impatience qu’elle vienne sur son balai, la nuit du 5 au 6 janvier, emplir leurs souliers de jouets.

-       La voilà, la solution ! s’écria Saint Nicolas.

La Befana comprit fort bien la requête et accepta sans discussion de prêter son balai. S’il le voulait, elle aiderait même Saint Nicolas dans sa tournée. Après tout, un balai ne se dirige pas comme un âne et, contrairement aux anges et aux elfes, elle avait encore un mois pour préparer ses cadeaux !

Et c’est ainsi que, cette nuit-là, les enfants qui jetèrent un coup d’œil par la fenêtre juste avant d'aller dormir, découvrirent Saint Nicolas chevauchant un balai volant. Il fonçait dans le ciel étoilé, à califourchon derrière la vieille sorcière et semblait beaucoup s’amuser.

Bien sûr, les parents refusèrent de les croire !

Illustration (c) A.Moons