Un papier rose et argenté
Un jour, alors que j’habitais encore chez mes parents, mon père, ce vieux loup au sourire si doux, acheta je ne sais où un rouleau de papier cadeau. Rose. Et argenté. Plutôt joli.
Achat étrange ! Ce n’était pas vraiment son genre. Ce n’était pas non plus la période des fêtes. J’en déduis que le prix était intéressant, qu’il crut faire une affaire.
Et de fait ! Car il apparut rapidement qu’il n’avait pas acquis les trois mètres traditionnels de ce genre d’article, ni même cinq, mais plus probablement dix, voire quinze mètres. Nulle étiquette pour nous renseigner. Nous étions probablement en présence de la chute d’un rouleau destiné à une boutique.
Donc, dorénavant, nos présents de Noël se parèrent de rose et d’argent. Et pour longtemps. J’étais mariée, les enfants grandissaient, mais l’immuable papier continuait à triompher au pied du sapin. Reconnaissable entre tous, il signalait au premier regard les cadeaux qui nous étaient destinés, même si je dois à la vérité de dire que la maladresse de l’emballage nous eut de toute façon renseignés (n’est-ce pas Lorraine !). Nous en riions. Nous en venions à penser que ce rouleau n’avait pas de fin, qu’il se déroulerait à l’infini pour nous permettre de gâter éternellement ceux qui nous sont chers.
Puis le vieux loup s’en est allé pour ces lointains horizons que nous rejoindrons tous un jour prochain (aujourd’hui ?). Contre toute attente, le rouleau rose et argenté touchait à son terme. Il y eut encore quelques menues bricoles parées de son joli motif. Puis le rouge et le vert de saison, les ors et les paillettes reprirent le dessus. Mais, le soir de Noël, il m’arrive encore aujourd’hui d’espérer qu’un papier rose et argenté se sera glissé parmi les cadeaux amoncelés, comme un clin d’œil, un petit signe de l’au-delà.
