Ces derniers temps, l'histoire familiale montre une fâcheuse tendance à bégayer. Les adeptes de psychogénéalogie et des constellations familiales y verraient sans doute l'influence sur mes contemporains de traumatismes subis par nos ancêtres. Je crois davantage au hasard. Un hasard, dont je me passerais volontiers.

En 1947, alors qu'il courait pour attraper son tram, mon père, alors jeune marié, fut renversé par une voiture. Diagnostic : fracture du crâne. Il resta douze jours dans le coma entre la vie et la mort et c'est l'hémorragie cérébrale qui libéra la pression sous la calotte crânienne qui le sauva. Il s'en sortit sans autre séquelle qu'une tendance aux maux de tête et une relative difficulté de mémorisation. 

Lundi dernier, mon fils, qui roulait à vélo sans casque, passa par dessus le capot d'une voiture. Diagnostic : double fracture du crâne avec oedème cérébral. Mais cette fois pas de coma : s'il perdit connaissance, il se réveilla dans l'ambulance avec une  amnésie totale des circonstances de l'accident. Il n'empêche, la neurologue me l'a confié : "pour le même prix, il était mort ou hémiplégique". Nous attendons que l'oedème se résorbe mais il ne devrait pas conserver de séquelle. Pour l'heure : repos absolu un mois au moins.

Or, dans le même temps, alors qu'il devait venir s'installer chez moi ce dimanche pour suivre un stage "forêt" durant sa première semaine de vacances, Petit Loup, qui jouait au foot (c'est de saison !) dans la cour de l'école, s'est foulé la cheville avec fêlure du cartilage de croissance. Verdict : trois semaines de plâtre.

Il faut savoir que les foulures et fractures des membres inférieurs sont une véritable spécialité familiale. Louve Chérie, en particulier, la marraine dudit Petit Loup, s'en est fait une spécialité dès l'âge ds six ans. J'ai un jour compté qu'au total elle a passé près de neuf mois avec l'un ou l'autre pied dans le plâtre. Et son frère, le papa de Petit Loup donc, est à peine en reste, même s'il a débuté un peu plus tardivement sa carrière de grand éclopé. Les derniers "incidents" du genre étaient une entorse chez Louve Chérie il y a quelques mois et la déchirure du tendon d'Achille il y a quatre ans chez Grand Loup. Curieusement, moi, je ne me suis jamais rien cassé/déchiré/foulé. Quant à Papiloup, à part sa triple fracture de l'humérus il y a six ans, il s'était un jour brisé le petit orteil en butant contre le pied métallique d'une chaise. On ne peut pas à proprement parler d'habitude.

Alors non, je ne me plains pas mais, après les mois passés à fréquenter les hôpitaux et maison de retraite, alors que les vacances pointent le nez et que l'été s'installe, j'espérais avoir enfin l'occasion d'en profiter pleinement avec ceux qu'il me reste (ils ne sont pas nombreux). Las. Nos projets sont compromis et j'ai juste envie de criez "Assez !".

A propos, nous envisageons sérieusement la publication d'un guide des services d'urgence et autres soins intensifs/palliatifs bruxellois et wallon. 

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Mes deux éclopés, ce printemps, lorsqu'ils se croyaient encore invincibles