La vie s’arrête avec la mort. Lorsqu’on fait sa généalogie, on s’imagine donc volontiers que nos recherches concernant un ancêtre particulier se clôturent avec la découverte de la date et du lieu de son décès, en tout cas celle de l’inhumation. Parfois, le curé a inscrit dans le registre une précision supplémentaire sur les circonstances du décès (« mort d’une paralysie de bras et de la jambe droite »), sur le coût ("3 florins") ou le lieu de l’inhumation (« enterré au cimetière des pauvres » ou « dans l’église »). Si l’on peut trouver un testament dans les archives notariales, on en apprend long sur la fortune du défunt. Mais cet élément concerne davantage sa vie et celle de ses héritiers que sa mort. Son histoire à lui est terminée.

Pas toujours, cependant !

Quelle ne fut pas ma surprise, l’autre jour, de découvrir par le plus grand des hasards, sur un site consacré aux combattants de la Grande guerre, un document militaire détaillant le sort réservé au corps de mon grand-oncle Rodolphe ENGLEBERT, mort sur le front de l’Yser le 9 octobre 1918 et dont j’ai déjà abondamment parlé.

Voilà bien un aspect de l’histoire familiale auquel je n’avais pas songé jusqu’ici.

Donc, il apparaît que le frère de mon grand-père maternel, décédé à l’hôpital d’Hoogstaede, fut enterré dans la tombe 159 du cimetière militaire Doorntje de Saint Riequiers (Sint Rijkers en flamand), petit village proche de Furnes (Veurne), laquelle, dit le document, fut « trouvée » le 17 décembre 1920, soit plus de deux ans après le décès. On peut légitimement supposer que c’est sa jeune veuve qui a fait la demande de cette recherche, sans doute en vue de le faire inhumer en un lieu plus proche de son domicile. Le document précise, en effet, qu’il fut exhumé et transporté au cimetière communal de Mont Saint Amand (Sint Amandsberg) à Gand (Gent). Je ne trouve pas mention de la date de ce transfert. Tout au plus, puis-je déduire de ce document qu’elle a eu lieu après le 19 septembre 1922, date à laquelle était encore réclamé un extrait d’acte de naissance pour compléter le dossier.

Entre la découverte de la tombe et le transfert, les difficultés administratives se sont accumulées. Ainsi, notamment, le 15/9/1921, le Bourgmestre de Saint Amand fait-il savoir que le « soldat Englebert est inconnu dans sa commune ». Et pour cause. Lorsque mon grand-oncle s’est engagé comme volontaire en août 1914, il était brasseur à Bourg Léopold. Il n’a donc effectivement jamais habité Saint Amand, où son épouse s’est vraisemblablement réfugiée après son départ avec ses deux tout jeunes enfants pour se rapprocher de sa famille. C’est là que je l’ai connue enfant.

Je passe sur d’autres notations plus ou moins mystérieuses qui témoignent de l’imbroglio administratif mais aussi du calvaire de ma grand-tante Maria, qui se démenait par ailleurs pour obtenir à son défunt époux la légitime reconnaissance de la Patrie, laquelle l’honorera par plusieurs décorations posthumes entre 1919 et 1938.

Non, la vie d’un homme ne se limite pas nécessairement à son existence.

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