Il y a le haut et le bas de Forest, la dix-neuvième des dix-neuf communes bruxelloises. Le haut culmine à cent mètres au dessus de la mer, comme le rappelle la place de l’Altitude 100 sur laquelle s’élève l’église Saint-Augustin, de style Art Déco. Jouxtant la très prisée commune d’Uccle, c’est un quartier bourgeois bordé de belle maisons patriciennes. Très logiquement, en bord de Senne et des zones industrielles qui y ont trouvé les terrains nécessaires à leur expansion, le bas de Forest est plus populaire. Depuis toujours : c’est le cœur historique de la commune, avec son abbaye fondatrice.

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Or, il y a là, tout à côté, une rue ancienne, plutôt moche, coincée entre le talus du chemin de fer, le vieux Pont de Luttre et quelques usines, dont la célèbre brasserie Wielemans désormais transformée en centre d’art contemporain : le Wiels. Une rue, je le disais, populaire et cela suppose aujourd’hui une population essentiellement immigrée. Alors, pour insuffler un peu d’espoir dans ce quartier paumé, l’ASBL « Une ville en couleur, qui entend promouvoir l’art contemporain en « transformant la ville en une immense toile vivante », a initié une fresque colorée avec l’artiste de rue Oli-B, dans une démarche à la fois artistique et sociale puisque les gamins du coin eux-mêmes ont participé à sa mise en couleur.

Et c’est vrai que ces palissades multicolores ont le chic pour éclairer un paysage morose. Cela n’efface pas les difficultés quotidiennes, bien sûr, mais au moins la rupture d’avec le train-train, d’avec la grisaille, ouvre aux mômes d’ici et à leurs parents des horizons inédits. Désormais, au coin de la rue Jean Preckher (1) et de la rue Saint-Denis, des monts enneigés s’élèvent dans un ciel d’azur comme on en connaît peu sous nos latitudes. Ce qui n’empêche pas les larmes de couler des yeux d’étranges personnages polychromes.

Sur le plan artistique, l’initiative est méritoire. Sur le plan social, mais je me demande pourquoi, au lieu des palissades, ce ne sont pas les deux pignons aveugles et sales à qui l’on a offert ces couleurs salvatrices. Les arbustes qui occupent l’angle des deux rues auraient pu être élagués, laissant place à un véritable petit îlot de verdure, bien plus coquet, bien plus joyeux encore. Une touche de couleur dans un quartier désespérément gris ne suffit pas à changer l’avenir. Du quartier il faut sortir, il faut partir. Il faut au moins pouvoir en rêver.

Ah, j’oubliais. Mes parents habitaient cette rue quand j'ai pointé le bout de mon nez et j'y ai vécu mes deux premières années. C'était il y a soixante ans et des poussières.

(1) N'oubliez pas de regarder l'intéressante vidéo de "La ville en couleurs" sur ce projet urbain.