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J’évoquais récemment l’apaisement induit par le classement de ses ancêtres. Mais cette étape, dont la satisfaction s’apparente à celle de la satiété, suppose d'avoir auparavant goûté à la frénésie de la quête et à l’excitation de la découverte, sans lesquelles il n’y aurait rien à classer. Méfions-nous cependant de l’euphorie dans laquelle nous plonge ordinairement chaque bribe d’information recueillie entre les pages (virtuelles) jaunies des vieux registres, sur les sites de mémoire et, plus encore, sur les arbres d’autres généanautes.

J’avais ainsi complété l’une des branches de mon arbre grâce aux annotations d’un lointain « cousin » qui remontait allègrement la famille PLICHON jusqu’aux environs de 1600. Tout en ajoutant des ascendants à ce meunier de l’Avesnois, je m’étonnais de voir qu’un certain Jacques était né dans une petite ville bien éloignée du cœur même de ma branche grand-maternelle, c’est-à-dire la forêt de Mormal et les villages alentours, en particulier Hecq et Englefontaine. Mais, après tout, pourquoi pas ? Il fallait bien qu’ils viennent de quelque part ces aïeux de la dixième génération. En attendant, je m’attachais subrepticement à ces noms péchés sur la toile, qui avaient été ceux d’hommes et de femmes illettrés, durs à la tâche, particulièrement féconds. Jusqu’à ce que j’entame les vérifications d’usage en recherchant les actes correspondant aux noms et dates annotés ! Et là, patatras ! La famille que je m’étais rêvée s’écroulait d’un coup d’un seul au détour d’une graphie surprenante : celui que mon « cousin » avait nommé Jacques m’apparaissait à moi comme étant « Pasques » et, vérification faite, ce curieux prénom de la famille des Pasquier et autres Pâquerette a bien eu son heure de gloire dans la première moitié du XVIIe siècle… sauf qu’il ne désignait pas un garçon. L’acte de naissance le stipule d’ailleurs clairement « Pasques PLICHON, fille de Pierre et de Marie Anne BEVAT, sa légitime épouse… ». Cette Pasques-là ne pouvait donc être le père de mon ancêtre Anne Barbe PLICHON, laquelle était par contre bel et bien la fille d’un prénommé Jacques, dont je ne suis pas parvenue à trouver les lieux et dates de naissance, ce qui clôt momentanément ma remontée dans le temps et me prive d’une famille que j’avais adoptée le temps d’une recherche. Dommage !

Or, les annotations plus officielles que celles des généanautes ne sont pas nécessairement plus dignes de foi.  Je cherchais les lieux et dates de naissance et de décès de mon petit-cousin Paul Delva, résistant durant la seconde guerre mondiale au cours de laquelle il fut tué. Quand ? Où ? Comment ? Mystère ! J’avais certes la date du mariage à Valenciennes de ses parents et celle de la naissance de sa sœur cadette à Landrecies. Mais de lui, nulle trace ni dans l’une ni dans l’autre ville ! Où donc, ma grand-tante Jeanne, que j’ai un peu connue et dont j’ai beaucoup entendu parler, avait-elle bien pu accoucher ?

Jusqu’à ce que je me dise que le site « Mémoire des Hommes » pourrait sans doute me renseigner. Et, en effet, j’apprends que Paul Delva est né à Anzin dans la banlieue de Valenciennes et qu’il a été fusillé par les Allemands à Saint-Martin-du-Frêne le 14 juillet 1944. Sauf que ce site voué à la mémoire de ses soldats tués au cours des différents conflits qui ont jalonné l’histoire de France, le fait naître en 1929. Or, je sais pertinemment que cela ne peut être puisque ma mère, alors âgée de 14 ans, fut demoiselle d’honneur au mariage de ce cousin qu’elle aimait beaucoup et qu’il eut trois enfants avant d’être tué, ce qui serait parfaitement impossible s’il n’avait que quinze ans en 1944. Maman me précise en outre qu’il avait deux ans de moins que sa propre sœur née en 1907. Alors, ce « 1929 » viendrait-il d’une confusion entre un « O » et un « 2 » ? L’acte de naissance de Paul Delva à Anzin le 29 juillet 1909 a tôt fait de me le confirmer. Comme quoi, toute information se doit d’être vérifiée plutôt deux fois qu’une : une erreur de vingt ans est si vite arrivée !

J’ai bien sûr demandé rectification de l’annotation du site Mémoires des Hommes. Ce qui fut fait, mais, parmi les images de Google, traîne un étrange document très officiel qui le fait toujours naître en 1929 : un bulletin de mariage délivré en 1940, alors qu'il n'aurait donc eu que... 11 ans.

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Au passage, j’ai découvert qu’à Landrecies, la ville où il n’est ni né ni décédé mais où il a grandi et s'est marié, a dédié à sa mémoire un petit square, en réalité le jardin cernant le monument aux morts des deux guerres mondiales. Je ne me pardonne pas de l’avoir raté lors de mon récent passage à Landrecies en juin dernier !