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Il y a Christelle, il y a Sophie. Yuni aussi et Vinciane. Brigitte, Emilie et Charlotte. François. Et Elisa. Toute la semaine, elles vont et viennent - tant pis pour le seul homme : aidants et soignants sont essentiellement des femmes - elles poussent la porte et, avec elles un vent léger de bonne humeur s’engouffre dans la maison. Comment font-elles ? Oui, comment font-elles pour conserver jour après jours cet entrain communicatif, cette joie de vivre malgré les handicaps, les maladies et autres petits ou gros malheurs croisés en chemin ? Comment font-elles pour ne pas se décourager dans leur lutte incessante contre les maux de la vieillesse ? Comment font-elles pour ne pas attraper au passage tous les virus, tous les microbes et toutes les déprimes du monde ? Chaque jour, elles sont là, fidèles au poste, fournisseuses de soins mais aussi de (sou)rires, de mots réconfortants, de câlins même. Elles embrassent Belle Maman, l’appellent  « Ma P’tite Cocotte », la soignent de leurs gestes efficaces et affectueux, acceptent rarement une tasse de café, plus volontiers un biscuit. Puis elles s’envolent, parce que d’autres soins, d’autres souffrances les attendent, parfois à plusieurs kilomètres d’ici. Ces femmes, infirmières, aides familiales, aides ménagères, pédicures ou kinés, ont pourtant leur vie personnelle pas nécessairement simple, des problèmes de couples, d’éducation ou de poids, des difficultés matérielles parfois… mais elles vont, viennent, sans jamais s’appesantir sur leur sort qu’elles ne livrent que par bribes pour mieux en rire, le plus souvent.

Christelle, Sophie, Yuni, Vinciane, Brigitte, Emilie et Charlotte, François et Elisa sont désormais les anges gardiens de Belle-Maman, qui en a bien besoin car le poids des ans se fait chaque jour plus lourd. Jusques à quand ? Quand Belle-Maman ne sera plus là, je sais que ses anges gardiens, qui sont un peu devenues les nôtres, me manqueront elles aussi.