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« Racontez en 100 mots l’histoire d’une personne de votre généalogie. De ces 100 mots naîtra l’envie d’en savoir plus… », telle est l’invitation que Sophie Boudarel de la Gazette des ancêtres lance à ses lecteurs pour le mois d’octobre. Ce « généathème » m’a donné l’envie de revenir sur la vie de mon grand-oncle Rodolphe ENGLEBERT, dont j’ai déjà parlé ici et ici et dont le dossier militaire consulté l’an dernier aux archives du Musée de l’Armée à Bruxelles, résume son engagement dans le conflit de 14-18 en précisément cent mots et dates.

-       11/08/1914 : rentré sous les armes pour le corps des volontaires au 14e régiment de ligne

-       1915 : lieutenant de réserve

-       1916 : fait fonction de commandant de troupes d’étapes à Furnes

-       30/06/1917 : capitaine en second de réserve

-       19/11/1917 : congé sans solde de 3 mois

-       16/02/1918 : repris à la solde 

-       03/10/1918 : blessé grièvement près de Roulers

-       05/11/1918 : rapport médical de l’hôpital d’Hoogstaede : « traversée du thorax droit avec fractures de côtes multiples »

-       09/10/1918 : mort des suites de ses blessures

-       22/01/1919 : Croix de guerre avec palme

-       29/08/1919 : Médaille de la Victoire

-       10/06/1920 : Croix de Chevalier de l’Ordre de Léopold avec palme

-       08/04/1838 : Croix de Feu

Reconnaissons-le : c’est un peu court pour évoquer quatre ans d’enfer sur le front de l’Yser se soldant par la mort à un mois à peine de l’Armistice. L’envie d’en savoir plus long est donc, en effet, bien présente. Or, le dossier militaire en question comporte un certain nombre de lettres et rapports que je n’ai pas eu le temps de lire ce jour-là. Je compte donc bien retourner au Musée de l’Armée prochainement.

J’ai néanmoins eu l’occasion de parcourir quelques-uns de ces précieux documents, notamment la lettre du 10 août 1914 dans laquelle il se porte volontaire pour combattre l’ennemi six jours après le début de l’invasion de la Belgique par les troupes allemandes. Et j’y ai pioché un certain nombre d’informations sur sa vie que je ne soupçonnais aucunement.

Lorsqu’il écrit cette lettre, Rodolphe habite au 44 rue Royale à Bourg-Léopold (Leopoldsburg), petite bourgade de 4.000 habitants de la province flamande du Limbourg, où il est brasseur.

Cette précision a de quoi m’étonner car je sais par ailleurs que, né à Liège en 1877, il habite Schaerbeek à Bruxelles en 1904 lors du mariage à Valenciennes de mes grands-parents, dont il est l’un des témoins. Il est alors mentionné comme « négociant » sans autre précision. En 1907, à la naissance de son neveu (mon oncle Jean), dont il est parrain, il est « agent de charbonnage ». Sept ans plus tard, le voici donc brasseur à Bourg-Léopold. La « déménagite » familiale a encore frappé.

Entre-temps, Rodolphe s’est marié en 1911 à Bruxelles, dans la commune d’Auderghem qu’habitait sans doute sa fiancée, Marie Eugénie BIERSBROECK, ma grand-tante « Maria », qui reste l’un de mes premiers souvenirs d’enfance, sans doute parce qu'elle m'offrit un superbe ours en peluche. Lorsqu’il se réengage en 1914, ils ont deux enfants, un garçon et une fille. René et Raymonde ENGLEBERT grandiront sans père.

Dans sa lettre du 10 août 1914, mon grand-oncle signale « Mon cheval, ma voiture et mon domestique sont déjà occupés par l’armée depuis huit jours », avant de résumer sa carrière militaire. Car, et cela je l’ai toujours su, s’il demande à s’engager c’est qu’il a déjà été auparavant officier de cavalerie. Ce que j’ignorais, par contre, c’est comment il l’est devenu.  Or, il explique "J’ai fait l’Ecole des Pupilles de l’Armée  à Alost" et de détailler qu’il y  est entré le 2 octobre 1888 (soit à l’âge de 11 ans !) et qu’il s’est engagé dans l’armée belge pour dix ans le 11 décembre 1891 (soit le jour de ses 14 ans).

Je me suis évidemment empressée de me renseigner sur cette école des Pupilles de l’Armée qui s’appelle encore, lorsqu’il y entre, « Ecole des Enfants de troupe » et semble pour l’essentiel réservée aux orphelins de militaires. Ce n’est pas le cas de Rodolphe, mais peut-être a-t-il bénéficié d’une faveur parce que son père avait combattu dans la Légion belge au Mexique entre 1864 et 1867 dans le vain but d’y imposer l’empereur Maximilien d’Autriche, époux de la princesse Charlotte de Belgique ?

Quoi qu’il en soit, c’est à rude école que voilà soumis le jeune Rodolphe. Dans le compte-rendu d’un débat de 1886 à la Chambre des Représentants visant à rétablir l’indemnité touchée par les officiers instructeurs de cette institution, un député explique : « Dans toutes les autres institutions d'enseignement militaire, l'officier, après ses heures de classe, est libre. A Alost, où les élèves sont des enfants, il n'en est pas ainsi. Là, il doit se préoccuper non seulement d'enseignement et d'éducation, mais encore de soins matériels. Soins de propreté, de linge, de vêtements, tout doit être dirigé et surveillé par MM. les officiers… Ils ont en outre à présider à tour de rôle à la surveillance de l'établissement. Ce sont des éducateurs dans toute la force du mot et qui ont à résoudre ce difficile problème : Transformer des enfants souvent pauvres, ignorants et non rarement vicieux, en jeunes gens de bonnes façons, instruits, moraux, comprenant les lois de la délicatesse et de l'honneur, capables de constituer, pour les divers grades de l'armée et pour l'ordre social tout entier des éléments de force et de respectabilité ». Dans le cas de mon grand-oncle, ils avaient parfaitement réussi leur mission.

Les photos que j’ai pu trouver de cet établissement témoignent des exigeantes conditions de vie de ces très jeunes garçons à qui étaient donnés dans le même temps une instruction générale et une instruction militaire basée, bien sûr, sur la disciplineie. Il n’était pas donné à tous de supporter cette haute exigence et son frère cadet, Léon ENGLEBERT, fut de ceux à qui le système ne réussit pas.

Rodolphe, par contre, passait en août 1893 au 14e régiment de ligne ; devenait caporal en décembre 1893, le jour de ses 16 ans et sergent le jour de ses 19 ans, avant d’être détaché au Ministère de la guerre, à l’infirmerie vétérinaire centrale. Au terme de son premier engagement de 10 ans, ils se réengageait en 1902 pour 4 ans 3 mois, devenait alors sous-lieutenant de réserve avant de démissionner en 1905. Au total, lorsqu’il se porta volontaire en 1914, il avait derrière lui déjà 11 années de grade d’officier.

Rodolphe ENGLEBERT a toujours été considéré comme le héros de la famille. Pas seulement parce qu’il est mort au champ d'honneur, mais, bien avant, pour sa droiture et sons sens des responsabilités envers les siens, héritées de l’éducation rigoureuse qu'il avait reçue. C’était le frère préféré de mon grand-père.

Bon, je m'arrête, parce que là, j’ai largement dépassé les cent mots.

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