Blaugies_Eglise_Paroissiale

J’évoquais, l’autre jour (ici), la « déménagite » qui frappait certains de mes ancêtres proches, me compliquant singulièrement la tâche lorsqu’il s’agit de reconstituer leur parcours de vie et, en commentaire, je risquais l’hypothèse que le développement des réseaux de communication au XIXe siècle, en particulier du chemin de fer, explique cette mobilité nouvelle. Néanmoins, des ancêtres plus lointains me donnent aussi parfois du fil à retordre pour une raison similaire : ils ont quitté leur village natal – à pied, à cheval, en diligence ou en chariot - pour s’installer ailleurs. Leur trace comme celle de leurs parents se perdent donc, dès lors que je n’ai accès qu’aux actes de naissance de leurs enfants.

Ces racines qui s’interrompent brutalement au milieu du XVIIIe siècle sont particulièrement frustrantes car, à l’époque, les registres paroissiaux sont généralement bien tenus et ne devraient pas poser de problèmes majeurs pour remonter le fil des générations jusque 1600 environ.

L’une de mes ancêtres, au prénom médiéval inusité, titillait depuis longtemps ma curiosité pour cette raison : Aldegonde DURLIQUE, première épouse de Lamoral François DEHOVE, né en 1760 à Neuville-en-Avesnois et dont les six enfants y avaient également vu le jour. Car de DURLIQUE point d’autre, ni à Neuville, ni à Preux-au-Bois, à Hecq, Englefontaine ou Poix-du-Nord, les villages du Nord-Pas-de-Calais les plus fréquemment rencontrés pour cette branche. Tout au plus savais-je, grâce à son acte de décès établi à Neuville en 1821, qu’à ce moment elle était âgée de 51 ans et devait donc être née vers 1770. Les autres généalogistes croisés sur Généanet ne faisaient pas mieux : Aldegonde était toujours la plus ancienne – et l’unique - représentante de la famille DURLIQUE. D’où pouvait-elle bien venir ?

Comment ai-je eu, l’autre jour, l’idée toute bête d’en appeler à notre ami Google-l’omniscient en tapant simplement « DURLIQUE » ?  Mystère. Mais le fait est que j’y ai brusquement entraperçu l’ébauche d’une piste. Une entrée me proposait, en effet, de découvrir l’origine du nom. J’allais y apprendre que DURLIQUE est un nom porté dans l’Aisne et dans le Nord par un nombre extrêmement réduit de personnes, mais surtout qu’il s’agit « sans doute d’un surnom donné à celui qui est triste (du wallon « dûrlich », cité par le Dictionnaire des noms de famille en Belgique romane) ». De là à consulter les arbres d’autres affiliés à Généanet ayant relevé le nom DURLICQ dans leur ascendance, il n’y a qu’un pas que je franchis d’autant plus volontiers qu’ils ne sont que quelques dizaines. Et là, miracle, très vite je déniche Marie Aldegonde, née en 1770 à Blaugies… en Belgique. Avec elle, ce sont les noms et les dates de ses parents, grands-parents ainsi que de ses frères et sœurs qui me sont aussitôt donnés. Mon arbre vient de s’enrichir d’un coup d’une trentaine de personnes sur trois générations et d’un passage de frontière auquel je ne m’attendais pas, même si je n’ignore pas que nous sommes ici en région frontalière et que longtemps l’extrême Nord de la France et la province du Hainaut belge furent unis au sein du Comté de Hainaut.

Reste une question : 34 km séparent Blaugies de Neuville-en-Avesnois : comment Lamoral François qui n’était qu’un pauvre « valet de charrue » a-t-il pu rencontrer Aldegonde ? Je doute de jamais le savoir.

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