Je viens de terminer « Comment les Français ont gagné Waterloo », de l’historien anglais Stephen Clarke (Albin Michel). J’ai bien ri. J’ai beaucoup appris.

Avec cet humour typiquement british qui fait les plumes acérées, c’est peu dire qu’il s’en donne à cœur joie sur un thème aussi béni pour un anglo-saxon que la gloire napoléonienne, qui est aussi celle de  la France. Car, enfin, qu’on le veuille ou non, Napoléon a perdu la bataille de Waterloo, Wellington et Blücher l’ont gagnée, mettant définitivement fin à un empire qui s’était construit sur le sang de millions d’hommes à travers l’Europe et amorçant une période de paix d'une longueur inédite. C’est pourtant Napoléon que le monde entier connaît et souvent vénère. Comment cela a-t-il été possible ? 

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En subtil observateur des particularités hexagonales, Stephen Clarke analyse la façon dont la légende s’est forgée. Il explore les récits de grognards, ceux des écrivains et de Napoléon lui-même, piste les partis-pris des historiens bonapartistes et même des hommes politiques contemporains qui, à l’instar de Dominique de Villepin, considèrent volontiers que la défaite française « brille d’une aura victorieuse ». Une à une, il démonte les raisons invoquées pour expliquer la défaite : le mauvais temps, le manque de nourriture, la gourmandise de Grouchy, le manque de fair-play de Wellington, Dieu lui-même… Si, si, ne riez pas ! Usant de l’hyperbole si chère aux écrivains romantiques, Victor Hugo assène dans « Les Misérables » : « Sa chute était décidée. Il gênait Dieu ».

Deux cents ans plus tard, on peut en rire. Les Français souvent n’en rient pas. Au prétexte qu’on ne célèbre pas une défaite, François Hollande n’a pas jugé bon de se faire représenter à la cérémonie du bicentenaire qui, au-delà de la reconstitution du lendemain, se voulait avant tout symbole de réconciliation européenne. Les souverains belges et hollandais, les grands-ducs du Luxembourg, le prince Edward, cousin de la reine d’Angleterre, ainsi que les descendants du duc de Wellington, du maréchal Blücher et de Napoléon s’y serrèrent symboliquement la main. Bon, au moins le président français reconnaît-il que ce fut une défaite ! C’est déjà un premier pas. Mais elle lui reste manifestement en travers de la gorge. Parce qu'elle ternit l'image glorieuse de la France ? Il n'est pas interdit de le croire. Face à cette réaction, Stephen Clarke a dû boire du petit lait.