Domiziano_da_collezione_albani,_fine_del_I_sec

Buste de l'empereur Domitien (Musée du Louvre)

 Depuis notre brève escapade en Avesnois sur les traces des mes ancêtres grand-maternels français, m’est revenu l’envie – le besoin ? - de me pencher sur cette branche, quelque peu délaissée depuis deux ans au profit des ENGLEBERT liégeois. Or, même si j’en sais déjà long sur cette lignée de sabotiers et de fileuses, quelques mystères subsistent.

Par exemple, je me heurte aux lieux et dates de décès de mes arrière-arrière-grands-parents Emmanuel Joseph DELFOSSE et Clotilde Marie DEHOVE (ou DEHOFFE), alors que j’ai retrouvé sans difficulté ceux de leurs parents et grands-parents. Je ne leur trouve également que deux enfants, ce qui est rarissime à l’époque, à moins qu’ils ne soient décédés jeunes, juste après la naissance du second. Mais, dans ce cas, on peut légitimement penser que ces décès sont intervenus dans la commune où est né l’enfant. Ce qui n’est pas le cas. Ont-ils déménagé dans un autre village ? J’ai exploré les tables décennales de toutes les communes environnant la forêt de Mormal. En vain. Or, un sabotier n’exerce pas son métier à Cambrai – où leur fille, mon arrière-grand-mère Augustine Elisa se marie à vingt ans - ni au Quesnoy – où elle s’installe quelques années plus tard après la séparation d’avec son mari.

C’est ce qu’on appelle une épine généalogique. Agaçante. Que dis-je ? Enervante, irritante, obnibulante. Car, bien sûr, ce type d’obstacle ne fait que titiller l’envie de percer le mystère.

En attendant, j’ai quand même enrichi mon arbre de quelques cousins et l’originalité des prénoms découverts à cette occasion n’a pas fini de me faire sourire. Aux côtés des Lamoral et Benoni déjà relevés (ici), j’ai en effet déniché plusieurs Domitien, un Juvénal et un Calixte. Mes ancêtres se sentaient-ils inspirés par la Rome antique ? Peu probable car comment diable de pauvres sabotiers analphabètes auraient-ils entendu parler de l’empereur romain qui régna de 81 à 96, du poète satirique de la même époque et du seizième pape ? Plus prosaïquement, sans doute ces noms figuraient-ils dans la liste que l’Eglise catholique autorisait à l’époque. Ce qui se comprend pour Calixte. Mais que viennent faire Domitien et Juvénal dans cette galère ? Tyran cruel et paranoïaque (selon Tacite), Domitien serait, en effet, celui qui exila saint Jean à Patmos et le deuxième empereur qui persécuta tant les juifs que les chrétiens. Quant à l’auteur des Satires, s’il a l’œil avisé et la langue bien pendue, il ne semble rien avoir eu d’un enfant de chœur.

Passons. Car voici Philibert, qui me fait sourire, non parce que saint Philibert (VIIe siècle) fonda l’abbaye de Jumièges et un monastère sur l’île de Noirmoutier, mais parce que c’était là le prénom du chat d’un de mes cousins dont Lorraine s’inspira pour écrire son best-seller – j’ose le mot : il est toujours au catalogue de Casterman cinquante ans plus tard – « Le chat d’ici et le chat d’ailleurs ».

Le sommet des prénoms cocasses est cependant est atteint avec Domitien Philibert, frère de mon arrière-grand-mère Augustine Elisa, dont j’écrivais plus haut qu’il semble avoir été le second et dernier enfant de mes arrière-arrière-grands-parents dont je perds la trace après sa naissance. Bon, d’accord, il y a une logique dans cette cocasserie : Philibert est ici  simplement le prénom du parrain de Domitien, l’un de ses oncles paternels. Mais laissez-moi m’amuser un peu, non sans savoir qu’en matière de prénom tout est mode et que celui qui semble étrange, amusant ou ridicule  aujourd’hui sera demain le must de l’originalité ou du bon goût.

Tiens, cela me fait penser à un lointain « allié » du côté liégeois. Ses parents l’avaient prénommé Auguste Alexandre Napoléon. Avec des références aussi impériales, sans doute espéraient-ils plus ou moins secrètement qu’il deviendrait un grand homme. L’histoire, hélas, n’a pas retenu son nom.

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