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Voilà bien longtemps que je n’ai alimenté la chronique familiale des ENGLEBERT. Ces premiers moments de calme après quinze jours de déballage intensif – pas encore tout à fait terminé – m’offrent l’occasion de briser ce silence.

Et tout d’abord, à tout seigneur tout honneur : la survenue d’une nouvelle brindille sur notre baobab. Arthur, premier arrière-petit-fils de l’un de mes cousins germains, a poussé son premier cri un jour de soleil noir, qu’il a tout bonnement éclipsé pour le coup. D’ailleurs, nous n’avons rien vu : trop de nuages ! Mais Arthur, lui, que l’on n’attendait pas si tôt, a fait l’événement dans le cœur des siens, juste avant une marée du siècle, que l’on n’a pas vue davantage, trop éloignés que nous sommes de la baie de Somme et du Mont Saint-Michel. Bienvenue à toi, arrière-arrière-petit-cousin ! Que cette conjonction de la terre, de la lune et du soleil, te porte chance !

Dans un registre différent, mon cousin globe-trotter – le frère du jeune arrière-grand-père, lui-même récemment devenu grand-père pour la sixième fois – m’a confié une anecdote cocasse. Pour en mesurer  la portée, il faut se rappeler qu’ENGLEBERT est aussi le nom d’une manufacture de pneus belge qui fut célèbre du début du vingtième siècle aux années 70, lorsqu’elle devint Uniroyal avant d’intégrer le groupe Continental. Or, en 1957, alors que mon cousin projetait de traverser l’Afrique en Vespa, la société Englebert lui offrit trois pneus pour son scooter. Lorsqu’il arriva à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa), la capitale du Congo (alors colonie belge), sur une Vespa bosselée et comme lui couverte de boue, il se présenta au bureau de la compagnie pour en acquérir de nouveaux. Aussitôt, les employés se communiquèrent la nouvelle : « Monsieur Englebert est arrivé ! Monsieur Englebert est arrivé ! », croyant manifestement avoir affaire à leur patron liégeois. Il eut été dommage de les détromper. Il repartit donc pour son périple africain avec trois pneus tout neufs.

Voilà pour mes contemporains, mais en poursuivant la généalogie familiale, j’ai fait moisson de quelques nouvelles informations non dénuées d’intérêt.

Ainsi, apparaît-il que, contrairement à ce que l’on pensait, ma mère n’est pas la première journaliste de la famille (ni la dernière, mais cela on le savait). En effet, en septembre 1889, le dénommé Pierre Marie Alphonse Englebert, journaliste né à Liège en 1862, épouse Lambertine Adèle Gavage. Il me reste à trouver pour quel canard travaillait ce lointain cousin. Dans la cité ardente, trois quotidiens - « La Meuse », « La Gazette de Liège » et « Le journal de Liège » - se partageaient le lectorat de l’époque, aux côtés de feuilles plus confidentielles. Travail aux archives en perspective !

Par ailleurs, certaines branches de notre baobab semblent témoigner d’une réelle fibre artistique, en particulier dans le domaine musical (ce qui n’est pas mon cas). Nul n’ignorait jusqu’ici que l’aîné des frères de ma mère, jouait du violon, qu’il avait appris seul ou à peu près. La légende familiale rapporte même qu’un jour, alors qu’il n’avait que quatre ans et aucune éducation musicale, il s’était planté, fasciné, devant le kiosque à musique pour battre le mesure. Son fils – celui qui vient de devenir arrière-grand-père – et sa petite-fille – la grand-mère d’Arthur – sont également musiciens dans l’âme. Or, voilà-t-y pas que je découvre parmi nos lointains parents un dénommé Oscar Lambert Jean Florent Englebert, altiste réputé et professeur de musique né à Liège en 1876, dont le fils Jean-Claude, né à Paris en 1923 et décédé à Belle-Ile-en-Mer en 2011, fut un pianiste de renommée internationale en même temps que professeur au Conservatoire de Reims.

Coïncidence ou affinité génétique ? Nature ou culture ? Le saurons-nous un jour ? Alors, bien sûr, nous sommes bien loin des tanneurs, tisserands, cordonniers et autres typographes qui nous ont précédés, mais qui sait si ces humbles artisans ne témoignaient pas déjà, en privé ou dans les nombreuses manifestations populaires liégeoises, de dons musicaux qui se perpétuent aujourd’hui chez certains de mes contemporains. Pour ma part, j’aime à les imaginer jouant d’un humble instrument pour accompagner le périple de la Vierge Noire en Outremeuse ou battant la mesure au bal du quartier, celui où ils croisèrent leur belle pour la première fois. Fétu d’histoire qui pourrait être vraie. Toute généalogiste vouée à la précision historique soit-on, il n’est pas interdit de rêver, n’est-ce pas ?