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Petit Loup est un bourreau des cœurs. Chaque soir, au retour de l’école, tantôt Papa, tantôt Maman, découvre dans son cartable des dessins de cœurs aux tons acidulés qui disent sans équivoque les sentiments qu’il inspire à Marion, à Julie, à Myriam, à Leila. Il semble trouver ces adorables mots doux et sucrés parfaitement normaux. Lui n’envoie jamais de message d’amour. Sans doute, parce qu’il n’aime toujours pas dessiner, mais aussi, dit-il, parce qu’il n’en aime qu’une - nous ignorons laquelle même si nous devinons. Et s’il laisse ces demoiselles s’illusionner, c’est, semble-t-il, par pure gentillesse. Pour ne pas les froisser, sans doute. A moins qu’il ne se sente flatté de tant d’attentions ? Et si un gros macho sommeillait dans notre Petit Loup si tendre, un collectionneur de bonnes fortunes, un insupportable tombeur ? Je n’ose y penser.

Nous autres grands-parents sourions de ces amours enfantines que, nous le savons, la vie se chargera de dissiper au vent du temps qui passe. Nous nous étonnons aussi de l’audace de ces petites demoiselles qui n’hésitent pas à déclarer leur flamme dans un élan aussi spontané que naïf. L’émancipation féminine n’est décidément plus un vain mot. Nous nous souvenons qu’au même âge nous fréquentions des écoles non mixtes et les occasions de croiser l’autre sexe se limitaient aux cousins et cousines. Grand Loup, lui, ne multipliait pas les conquêtes : il n’aimait qu’une fillette à la fois qui le lui rendait bien et, chacun sachant à quoi s’en tenir, nul(le) ne se serait risqué à tenter de briser le couple adorable qu’il forma avec une superbe rousse à la maternelle, avec une mignonne blondinette au début de l’école primaire. Des changements d’établissements mirent à chaque fois un terme à ces émois précoces, qui surnagent dans nos souvenirs comme d’attendrissants moments de bonheur, parce qu’un petit garçon par ailleurs turbulent et une petite fille sage avançaient, confiants dans la vie, en se tenant par la main.