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Je ne lisais pas Charlie Hebdo. S’il m’arrivait de tomber sur l’une de ses caricatures, il m’arrivait de (sou)rire. Ou pas. Je trouvais les auteurs gonflés, provocateurs (toujours),  pertinents (souvent), parfois de mauvais goût. J’aimais qu’ils brocardent à tout va, le pouvoir, l’argent, le fanatisme religieux. J’avais admiré qu’ils osent publier les caricatures danoises de Mohammed, j’avais pensé qu’ils jetaient de l’huile sur le feu quand ils avaient récidivé. Le cocktail Molotov qui avait saccagé leur rédaction ne m’avait pas surprise. Jamais je n’aurais pensé qu’ils paieraient leur humour ravageur de leur vie. Et de quelle horrible façon. Aussi bête que méchante.

Nous sommes en guerre, le doute n’est plus possible. Nous, c’est-à-dire les démocraties du monde, tous ces pays qui pensent que les libertés de penser et de dire cette pensée, de l’écrire, de la diffuser même si elle brocarde les croyances des uns, les comportements des autres, sont parmi les droits fondamentaux de l’Homme. Seule la liberté d’expression et donc celle de la presse permettent, en effet, cette réflexion et ce débat que les dictatures s’empressent toujours de museler en premier.

Je suis journaliste. Parce que je n’œuvre ni en politique ni dans la satire mais plutôt dans le social et le culturel, je ne pense pas avoir jamais écrit quoi que ce soit susceptible de m’attirer les foudres des ayatollahs de tous crins. Encore que mon dossier « Félicitations-injures » soit copieusement garni de critiques peu amènes. Il n’empêche : en s’en prenant aux rédacteurs de Charlie Hebdo, c’est symboliquement à ma profession que les fanatiques se sont attaqués. En abattant des caricaturistes de sang froid, c’est l’humour et le rire, la parole libre, qu’ils ont voulu museler. C’est d’ores et déjà raté. Ils n’ont réussi qu’à soulever une indignation unanime et la volonté de résister avec ces armes dérisoires qu’ils pensaient détruire : le crayon, la plume, le pinceau, le stylo.

Depuis hier, les dessins d’hommage fleurissent sur la Toile. Mieux qu’un long discours, chacun à leur façon, ils disent l’horreur et la volonté de défendre la liberté d’expression. Ils glacent et conscientisent. Ils prônent l’humour face à la haine. Ils font pleurer et rire en même temps. Ils font réfléchir. Non, décidément, les dessinateurs de Charlie Hebdo ne seront pas morts pour rien ! Les deux policiers tués dans le carnage, si ! A propos, l’un d’entre eux s’appelait Ahmed. Cela mériterait un dessin, non ?

 

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