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Chaque vie est un roman. La nôtre, celles de nos ancêtres. Ils ne le savaient pas. Nous non plus. Je le découvre à chaque nouvel événement, chaque nouvelle date repérés dans les archives paroissiales ou de l’Etat civil. Qu’en sera-t-il alors si je mets un jour la main sur les archives notariales, sur les relevés cadastraux, sur des archives familiales ignorées ? En attendant, mon humble récolte de dates et de lieux me conte bien des histoires oubliées.

En voulez-vous une parmi d’autres ?

Voici Marie Oda. Elle naît le 2 mai 1798 à Liège. Elle décède le 10. Une semaine de vie à peine pour cette toute petite fille qui n’a pas eu le temps d’être bercée longuement, de téter abondamment le lait de sa maman Elisabeth, de crier sa fureur ou sa joie… Sa vie, un roman ? Allons donc ! Pourtant, voilà que soixante et un ans plus tard, le 26 novembre 1859 très précisément, notre Marie Oda se marie avec Adrien Joseph.

Si, si ! Il s’agit bien de la même Marie Oda. Son acte de décès à huit jours et la date de naissance mentionnée sur l’acte de mariage en témoignent. Alors quid ? Que s’est-il passé pour que cette sexagénaire déclarée morte convole finalement sur le tard ? Il sera malaisé de l’établir. Mais on peut imaginer. Par exemple, que la « jeune » épouse n’est pas Marie Oda mais bien Ida, sa sœur, née en 1806 et que les parents, les frères et sœurs, Ida elle-même, illettrés, se soient un peu emmêlés les pinceaux dans les dates de naissance.

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Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Car au moment de leur mariage tardif, Marie Oda et Adrien Joseph déclarent en même temps être les parents de pas moins de sept enfants nés hors mariage, quatre garçons, trois filles, dont l’aîné a trente-sept ans et la plus jeune vingt. Alors, Adrien est-il réellement le père de cette grande fratrie ? Et pourquoi n’a-t-il pas épousé la mère de ses enfants plus tôt ? S’agissait-il de cacher que Ida avait eu son premier enfant illégitime à seize ans ? Toutes les hypothèses sont permises et il est vraisemblable que nous n’en saurons jamais rien. Mais les faits subsistent. Surprenants. Interpelants.

Quand je vous le disais que la vie est un roman. Un roman dont les pages se tournent sans s’écrire, jusqu’à ce qu’un descendant féru de généalogie se pique d’en retrouver quelques paragraphes, un ou deux chapitres, des riens, des bribes, qui résument bien mal l’histoire et font regretter à jamais de n’en connaître davantage.