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Le palais de justice de Liège, où Jean Baptiste fut huissier, est installé dans l'ancien palais des Prince Evêques

La généalogie peut être passionnante. Elle est rarement rigolote. D’abord, parce qu'elle se pratique le plus souvent dans la solitude et le silence. Mais surtout, alors que j’ai longtemps eu l’impression de dresser des statistiques de la vigueur sexuelle de mes ancêtres (Combien de fois ? À partir de quel âge ? Quel intervalle entre les grossesses ? Jusqu’à quand ?), j’explore pour l’heure une période où les registres d’état-civil sont admirablement tenus. Je comptabilise donc un nombre impressionnant de décès, qui ont de quoi me mettre le cœur à l’envers parce que j’ai presque toujours également trouvé mention de la naissance de ces défunts, de leur mariage et des mariages de leur progéniture, ce qui les rend d’autant plus « vivants » pour moi. Si j’ai jamais eu un doute sur le fait que nous sommes tous, absolument tous, condamnés à disparaître un jour, le voilà définitivement balayé. Nous sommes mortels, définitivement éphémères, quand bien même nous vivrions cent ou cent dix ans, ce qui n’était pas le cas de ces aïeux.

Et c’est là l’une des étrangetés de cette quête : sa capacité à induire chez le chercheur des sentiments envers des êtres que l’on n’a pas connus, qui sont souvent des parents extrêmement lointains et dont quelques dates, quelques mentions, suffisent à brosser un destin que l’on pressent plus ou moins heureux ou franchement dramatique.

Je pense en particulier à Jean François ENGLEBERT, cet arrière-arrière…. petit-cousin, cocher, dont j’ai déjà parlé ici. Il voit le jour en 1800. C’est le fils naturel de Marie Joseph, qui en aura un second, douze ans plus tard. Du même père ? Impossible à savoir. Quoi qu’il en soit, voici notre « facteur de diligence » marié en 1826 à Marie, qui lui donnera huit enfants, cinq fils, trois filles. Sauf que tous les garçons et deux des filles meurent en bas âge, une à la naissance, le plus âgé à cinq ans, généralement aux alentours de deux ans. Même au XIXe siècle, comment une telle hécatombe est-elle possible ? Vivent-ils dans une telle misère que les accidents se multiplient et qu’il leur soit impossible de résister à la moindre épidémie ? La mère, qui passe sans doute de longues journées solitaire, se révèle-t-elle incapable de s’occuper correctement de ses enfants ? Là, non plus nous n’en saurons rien. L’âge venant, il semble par contre que Jean François en ait eu assez de courir les routes et se soit trouvé une activité plus sédentaire, puisqu’à son décès en 1867, il est devenu cabaretier. Et ce qui me met du baume au cœur, c’est de constater qu’au décès de son épouse, en 1879, c’est son gendre qui sert de témoin. Ainsi, Elisabeth, la fille dernière-née de Jean François et Marie a-t-elle bien survécu et suffisamment grandi pour se marier avec Isidore.  Le destin de cette branche de la famille ne m’en semble pas moins particulièrement tragique.

De même celui de Jean Baptiste ENGLEBERT et de Marguerite. Lui naît en 1807 et devient huissier à la Cour d’appel de Liège. Il se marie en 1829. Marguerite a 16 ans à peine. Cet âge précoce est-il en cause ? Quoi qu’il en soit, leur premier enfant est mort-né, le second et la quatrième n’atteindront pas un mois. Ajoutons-y un garçon décédé à six ans et l’on a une famille endeuillée à quatre reprises sur huit naissances. Autre fait curieux : les deux époux disparaissent tous les deux à un mois d’intervalle en 1863 : il a 56 ans, elle, 51 à peine. Sans doute à cause de leur jeune âge lors du mariage que je suppose donc d’amour, j’éprouvais pourtant une tendresse particulière pour ce couple de lointains cousins. Même si je les rêvais heureux, mon affection à rebours n’aura pas suffi à les sauver d’un funeste destin.