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Il aurait fallu avoir les mots. Forts. Il aurait fallu croire qu’ils pourraient servir à quelque chose. Il aurait fallu dire la nausée et l’indignation. Et l’écrire. Mais je suis restée sans voix. Hébétée. Comme anesthésiée. Honteuse aussi d’éprouver cette répulsion viscérale quand l’horreur, pourtant, n’était pas moindre au Rwanda en 1994, à Gaza ces derniers mois, au Musée juif à Bruxelles en mai dernier et partout dans le monde où l’on tue, viole et assassine des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, dans une indifférence quasi universelle.

Alors, qu’y a-t-il de changé avec l’exécution d’Hervé Gourdel pour que les réseaux sociaux, soudain, s’émeuvent à grand bruit ? D’abord, bien sûr, la macabre mise en scène de l’exécution. Même si on ne l’a pas vue, on peut l’imaginer puisque des images filmées juste avant ont été diffusées. C’est le but poursuivi par les ravisseurs : frapper les imaginations. Ensuite, c’est la troisième décapitation. La première n’était pas moins tolérable, mais on pouvait espérer qu’elle resterait unique. L’accumulation joue. Enfin, cette fois il s’agit d’un Français, culturellement proche, d’un guide de haute montagne en innocente balade, alors que les otages précédents étaient américain ou anglais, qui plus est journalistes, donc conscients des risques encourus. C’est la « mort kilométrique », cette terrifiante loi de la proximité qui veut que nous soyons davantage sensibles aux drames touchant des victimes qui nous ressemblent. C’est surtout, me semble-t-il, que cette troisième exécution est venue matérialiser pour l’Occidental lambda - que nous sommes tous - le fanatisme des membres de DAECH et du, même coup, la menace qui plane sur nous. Là-bas. Ici.

Que faire quand l’impuissance semble bel et bien notre lot commun ? En parler sans tomber dans les lieux communs semble impossible. Se taire est difficile. Alors, sans voix et sans les mots, j’écris. Sans fard. Sans illusion.   

Détail du portail de la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille à Lille (Georges Jeanclos)