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Pendant près de cinquante ans, j’ai été citadine. Je suis née à Bruxelles, j’y ai grandi et étudié, j’y ai travaillé, je n’y ai pas rencontré l’homme mais je m’y suis mariée, j’y ai élevé mes enfants, dont l’un aujourd’hui y élève le sien. Citadine donc, jusqu’au bout des ongles… qui n’ont pourtant jamais été savamment limés, polis, vernissés. Et puis, un jour d’août 1997, coup de tonnerre dans un ciel bleu : notre propriétaire vend la maison que nous louons depuis vingt-deux ans. Nous ne l’achèterons pas : trop chère, trop grande dès que nos deux (très) grands gamins auront quitté le nid et, surtout, nous en connaissons tous les défauts. Je vous évite les méandres de notre réflexion, ceux de notre recherche. Moins d’un an plus tard, nous emménageons en Brabant wallon.

Notre choix est stratégique : nous voilà à 7 minutes à pied de la gare d’Ottignies sur la ligne Bruxelles-Luxembourg. L’homme travaille à Namur, moi à Bruxelles, Grand Loup étudie à Louvain-la-Neuve, Louve Chérie à Bruxelles. Nous sommes donc tous à moins d’une demi-heure en train de notre lieu de travail. Accessoirement, nous habitons désormais la « campagne ».

Mais peut-on vraiment parler de campagne ? Certes, nous sommes à deux pas du bois de Lauzelle, quelques fermes agrémentent le paysage alentours et notre jardin est deux fois plus grand que son prédécesseur. Cette proximité nouvelle avec la nature va d’ailleurs nous permettre d’adopter une chienne abandonnée, rêve d’enfant de Louve Chérie. Mais ceci est une autre histoire, que je vous conterai sûrement un jour. N’empêche ! Nous sommes surtout proches de trois centres urbains et notre avenue se mue en autoroute matin et soir, puis, au fil du temps, subrepticement, à toute heure de la journée.

Affectivement, rien ne nous attache à cette terre brabançonne et, à l’heure de la retraite, les avantages de la proximité de la gare se font moins essentiels. Ils le sont par contre pour un nombre croissant de ménages fuyant la capitale, sa circulation exponentielle, son agitation croissante, son stress ambiant, mais qui continuent à y travailler. Bref, notre maison trouverait aisément des amateurs.

Dans l’intervalle, Maman a rejoint Louve Chérie, son loup à elle, ses chevaux et ses chiens dans le Val de Lesse. La citadine, qu’elle fut, elle, durant près de nonante ans, s’est rapidement adaptée à un environnement enchanteur de vallées, bois et prairies, où le Roi - son voisin ou presque - possède un château de plaisance. Alors, pourquoi, nous aussi, ne pas migrer vers ces terres verdoyantes, aux hivers certes plus rudes qu’ici mais au rythme apaisé ? Pour le coup, nous ne serons plus citadins du tout. Nos amis ne comprennent pas nécessairement. Et comme nous construisons, ils nous traitent de fous.

Après tout, peut-être ont-ils raison ?