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"Les Principautaires" de Mady Andrien célèbre la révolte du petit peuple contre les princes-évêques

Donc, m’étant rendu compte que je ne pourrais pas comprendre l’histoire de ma famille maternelle si je ne la resituait pas dans le contexte spécifique de la Principauté de Liège, je me suis penchée avec plus ou moins d’opiniâtreté sur l’histoire politique et sociale de celle-ci, avant même la mention du premier ENGLEBERT dans les archives liégeoises. Et non, je ne vais pas vous faire un cours d’histoire, je ne vais pas ressasser le siège et le sac de Liège par l’armée de Charles le Téméraire ni la courageuse mais vaine tentative de résistance des six cents Franchimontois. Mais je vais quand même tenter de brosser le contexte social.

À la fin du moyen âge, comme souvent ailleurs en Occident, trois classes jouaient un rôle essentiel : le clergé, la noblesse et les villes.

Le clergé, dominé par le très riche Chapitre des soixante chanoines de la cathédrale Saint-Lambert, composé de nobles et de bourgeois opulents  préoccupés de leurs seuls intérêts. Leur politique ondoyante plaça tantôt aux côtés de la Cité dans ses luttes contre le prince, tantôt aux côtés du peuple dans ses luttes contre les « Grands ».

La noblesse, arrogante, turbulente. Elle se décima elle-même dans d’interminables guerres privées dont l’histoire a retenu la Guerre de la Vache (1275-1278) et la Guerre des Awans et des Waroux (1298-1335), du nom de ces deux puissantes familles dont les terres étaient voisines.

Les vingt-trois « bonnes » villes (Liège, Beringen, Bilzen, Bree, Châtelet, Ciney, Couvin, Dinant, Fosses-la-Ville, Hamont, Hasselt, Herk-de-Stad, Huy, Looz, Maaseik, Peer, Sint-Truiden, Stokkem, Thuin, Tongeren, Verviers, Visé, Waremme + Bouillon et Maastricht) réunies dès 1229 en confédération contre les abus de pouvoir des princes-évêques. Chaque ville possédait son échevinage composé d’un mayeur et d’échevins, tous praticiens, nommés conjointement par le prince-évêque et par le Chapitre. Leur mission principale ? Administrer la justice tant civile que répressive. Elle était donc essentiellement judiciaire. L’échevinage de Liège jouait en outre le rôle de Cour d’Appel pour l’ensemble de la Principauté.

À la fin du 12e siècle, l’échevinage s’adjoignit un Conseil de la Cité, chargé de son administration. Il était composé de deux « maitres à temps » (sortes de bourgmestres) élus pour un an et de jurés. Le Conseil recrutait ses membres parmi les « Grands », c’est-à-dire de riches praticiens comptant dans leurs rangs des rentiers, des marchands drapiers et des changeurs, auxquels n’allaient pas tarder à se joindre les maîtres de forges, les fabricants d’armes et les propriétaires de houillères, au fur et à mesure de l’industrialisation de la ville. Au grand dam des « Petits », artisans indépendants et boutiquiers réunis en corporations ou « métiers ». Aussi, l’histoire de Liège (et parallèlement celle des autres « bonnes villes ») est-elle jalonnée de conflits opposant d’une part la Cité et le prince à propos de la délimitation de leurs pouvoirs respectifs, d’autre part les « Grands » et les « Petits », dont l’un des objectifs fut longtemps de réduire la puissance de l’échevinage pour désigner eux-mêmes les maîtres à temps. Le conflit social s’étendit sur plus d’un siècle de revendications et de combats acharnés, de pillages, de meurtres, d’atrocités diverses, néanmoins ponctués par divers pactes, notamment la Paix de Seraing en 1307, la Paix d’Angleur en 1313, la Paix de Fexhe en 1316, la Paix des XXIII en 1343 et, enfin, le Règlement de 1384. Celui-ci chassait définitivement la caste des « Grands » de la scène politique et permit enfin aux 32 « bons métiers » liégeois de jouir d’une égalité absolue : ensemble, ils nommèrent désormais les deux maîtres à temps et les deux cents jurés du collège municipal. 

Il va sans dire que les ENGLEBERT appartenaient à la classe des « Petits ». Et même, sans doute, des plus petits parmi les « Petits » puisque, comme je l’ai déjà précisé ici, contrairement à la belle-famille HODEIGE d'Eustache ENGLEBERT (1660-1741), dont des membres figurent en bonne place dans la corporation des tanneurs dès le XVe siècle, je n’ai à ce jour trouvé nulle trace d’un ENGLEBERT à un poste de responsabilité.

Cela m’attriste pour eux car si leur vie fut assurément laborieuse, je ne doute pas qu’elle fut également pénible. Je ne les en admire que davantage.

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