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Blason des tanneurs de Liège : d'argent à l'aigle éployée de sable, becquée, languée, membrée, diadêmée de gueules. 

Quand je l’écrivais qu’en généalogie rien ne sert généralement d’insister et qu’une pause dans ses recherches principales est souvent bénéfique aux découvertes. Celle-ci, en tout cas, ne démentira ma courte expérience.

Donc, en attendant une excursion en Cité ardente et délaissant momentanément la lignée ENGLEBERT, je me suis intéressée à celle de Anne HODEIGE (1659-1744), l’épouse d’Eustache ENGLEBERT (1660-1741), qui fit migrer son jeune époux en Outremeuse où son père Léonard exerçait le métier de tanneur.

Souvent, le généalogiste débutant explore prioritairement la lignée masculine, par machisme inconscient sans doute, mais surtout parce qu’elle est ordinairement plus riche en informations sur la situation sociale et culturelle familiale, qui dépend de la profession du père. Or, dans le cas présent, c’est l’inverse qui se produit. Eustache, dont j’ignore le métier, ne peut être tanneur puisqu’il naît et grandit dans l’Isle. Il le deviendra peut-être par son mariage avec une fille de tanneur. En tout cas, il travaillera dans ce domaine d’activité, limité aux territoires des paroisses de Saint-Pholien et de Saint-Nicolas-en- Outremeuse. Ce qui est certain, par contre, c’est que la famille de sa femme, elle, exerce la profession depuis plusieurs siècles et qu’elle a très tôt exercé des responsabilités dans la corporation, sous des graphies aussi variées que « de HODAIGE », « de HODEGIA » ou « HODEGE ». De nos jours, c’est la forme « HODEIGE » la plus répandue, en référence au village wallon du même nom, situé à une quinzaine de kilomètres de Liège et dont la famille était sans doute originaire.

Donc, en remontant, je découvre les grands-parents d'Anne, les parents de Léonard : Amel de HODEIGE et son épouse Martine, dont le nom de famille n’est précisé dans aucun des actes de baptême de ses six enfants, Jean (30/07/1605), Catherine (23/09/1607), Léonard (06/11/1609), Amel (27/07/1614), Philippe (28/05/1618) et Marie (20/10/1619). 

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S’il m’est impossible pour l’heure de déterminer la date de naissance d’Amel, je découvre par contre plusieurs de HODEIGE parmi les gouverneurs en tour * du « bon métier » de tanneur. C’est le cas, notamment de Lambert en 1418, de Collar en 1462, du vieux HODEIGE en 1488, de Jaquemin dit fort explicitement « del Merdieu » en 1504, de Hanchon en 1513, d’un autre Jaquemin en 1514, de Johan en 1537, de Martin en 1539, de Jean de 1634 à 1636, du « conseiller » HODEIGE en 1645 et… d’Amel de HODEIGE en 1684. Il ne peut, bien sûr, s’agir que d’Amel deuxième du nom, le frère de Léonard, l'oncle d’Anne, alors âgé de septante ans, pas de son grand-père.

En 1427, voici également une « lettre des offices »  signée notamment par trois autres Hodeige : Johan de HODAIGE ly aisneit**, Jacquemain de HODAIGE ly aisneit et Johan de HODAIGE le jovene***. Lambert de HODEIGE avait déjà co-signé la version précédente.  Cette lettre est scellée du sceau personnel de dix-sept signataires. Un autre document de 1431 est signé, lui, par Colaurt de Hodaige ly jovene.

Et la pratique du métier va se perpétuer longtemps dans la famille puisque en 1808, trois des vingt-quatre tanneurs signataires du décret impérial de novembre 1807 portent toujours le nom : Théodore HODEIGE, M.A HODEIGE ET L. HODEIGE.

Non, je n’ai pas été fouiller de très anciennes archives. J’ai trouvé ces informations sur Internet, dans le mémoire daté de 1863 que Stanislas Bormans, docteur en philosophie et lettres, conservateur adjoint des archives de l’Etat à Liège, avait consacré au « métier des tanneurs de l’ancienne cité de Liège ». Ce mémoire fut couronné par la Société liégeoise de littérature wallone. Il est riche en détails non seulement sur le métier de tanneur, mais aussi sur le fonctionnement de la corporation et sur les termes wallons utilisés par les tanneurs liégeois. J’y ai également trouvé leur blason. Et la raison pour laquelle sans doute dès qu’il se maria avec Elisabeth PIRLET, Léonard ENGLEBERT quitta Outremeuse pour la paroisse de sa belle-famille. Selon un règlement de 1431, en effet, « lorsqu’un enfant du métier, garçon ou fille, épousait une personne étrangère, elle pouvait user mais non hanter**** le métier, toute la vie durant de celui-là… Il lui était loisible d’acquérir le métier, si elle en faisant la demande pendant la première année de son mariage, en payant la somme de 100 florins d’or. Ce terme d’un an écoulé, l’acquète lui était interdite, mais cette faculté restait à ses enfants jusqu’à l’âge de 20 ans, moyennant un droit de 60 sous parisis. » Je pense qu’Eustache ENGLEBERT n’avait pas « acheté le métier » en se mariant avec Anne HODEIGE et que ses enfants ne purent le faire davantage. Léonard ENGLEBERT se cherchait donc un autre avenir en allant s’installer à Saint-Thomas sur la rive gauche de la Meuse. Certains de ses frères et sœurs restèrent pourtant à Saint-Phollien, mais aucun ENGLEBERT n’apparaît jamais parmi les membres chargés de responsabilités de la corporation. Sans doute exercèrent-ils comme ouvriers ou dans des disciplines proches de la tannerie, jamais comme patrons.

* gouverneurs qui assuraient la direction des affaires à tour de rôle avec un autre.

** l’ancien

*** le jeune

**** jouir de ses droits politiques