… elles ne picoteront plus sur un mur, c’est sûr ! Car elles connaîtront enfin les affres de la douleur pour les avoir ces fichues dents, pour les garder longtemps, puis un jour, presque inévitablement, les arracher. Des affres qui s’accumulent tout au long de nos vies d’omnivores pour avoir la chance de mâcher, de cisailler, de grignoter, d’apprécier les mets les plus variés, les plus savoureux, en un mot, pour croquer la vie à belles dents.

Bref, mes dents m’ont une fois de plus joué l’un de ces tours dont elles ont le secret. Déjà que, plantées à la va-comme-je-te-pousse par quelque architecte fou qui mépriserait la règle classique de l’alignement et de l’harmonie, elles m’ont de toute éternité privée du sourire Pepsodent, voilà-t-y pas que les gencives s’y mettent à leur tour pour m’offrir un abcès palatiale qui a tôt fait de révéler le gouffre entourant la racine d’une vieille molaire ennemie, déjà à moitié morte mais encore rebelle. Un défi auquel tout dentiste digne de ce nom ne peut résister. Du coup, curetage en règle de la dite racine. Je vous passe les détails. Nulle garantie de sauvetage. Nul remboursement de la part de la mutuelle non plus car l’acte n’est pas prévu dans la nomenclature. En général, on arrache. Paraît que j’ai été courageuse. Et le praticien de l’art d’ajouter : « Moi aussi ! ». Je ne sais précisément ce qu’il entend par là, mais en trente-trois ans de fréquentation c’est la première fois que je l’ai vu à ce point transpirant.

Donc me voilà, tuméfiée, un peu sonnée, condamnée pour quelques jours aux hachis et autres purées, comme mon homme l’est depuis un mois pour… arrachage de dents. Ben tiens !

P1100505

Le requin souffre-t-il lui aussi sa vie durant de sa dentition de carnivore ?